Le piège de l’hyperactivité

Êtes-vous épuisé, submergé ? Courez-vous à droite et à gauche ? Êtes-vous constamment sous pression ? Pourquoi est-on, de nos jours, si occupé ? Que faire pour mieux profiter de la vie ?

« Je suis hyper occupé ; il y a tant à faire ; il n’y a pas assez d’heures dans une journée ! » Ces réflexions nous sont familières. Il semble qu’à notre époque on ne sache plus où donner de la tête. C’est un problème endémique, surtout  en occident, où l’on vit sur les chapeaux de roues.
 
Nous avons des échelons à gravir dans nos carrières, des mesures à prendre pour, semble-t-il, simplement surnager ; des enfants à éduquer ; des cours à suivre ; des rendez-vous à respecter ; des réunions auxquelles assister, bref… nous ne savons plus où donner de la tête. Nous n’avons pas assez de temps. Nous sautons d’une activité à l’autre. Il y a tant à faire que nous ne prenons pas le temps de nous demander les effets qu’ont sur nous nos emplois du temps pleins à craquer.
 
Être occupé, c’est certes avoir de quoi faire. Rien de nouveau dans cette définition. Et il y en a toujours eu, parmi nous, qui sont continuellement hyper occupés.
 
Néanmoins, de nos jours, être occupé atteint des niveaux sans précédent. Nous ne sommes pas seulement industrieux, nous avons tellement à faire que cela en devient dément. Et il n’y a pas que certains segments de la société qui travaillent plus, mais pratiquement tout le monde. Nous ne nous contentons pas de travailler plus d’heures chaque jour, nous avons aussi de nombreuses obligations à remplir. Nous sommes tiraillés de tous côtés et ne pouvons  nous empêcher, dans toute cette frénésie,  de nous sentir  harcelés et stressés.
 

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Avec tout le confort moderne, il est ironique que nos vies soient aussi trépidantes. Les progrès technologiques nous permettant, supposément, de mieux faire notre travail, et de nous en acquitter  plus rapidement, d’autres activités sont venues s’ajouter à notre traintrain quotidien. 
 
« À présent, on s’attend à ce que nous accomplissions beaucoup plus dans le temps qui nous est imparti », explique le Dr David Levy, professeur  à l’école d’information de l’Université de Washington. Il précise qu’en essayant d’accomplir davantage, « nous essayons de faire plusieurs choses en même temps. Nous prenons notre déjeuner à la hâte, parlant au téléphone entre deux bouchées,  tout en conduisant ou en vérifiant nos méls. Il est de plus en plus rare que nous nous concentrions sur une seule chose à la fois ».
 
Un grand désavantage à faire plusieurs choses en même temps : c’est intellectuellement bien plus épuisant que n’en faire qu’une.
 
D’autres facteurs entrent également en ligne de compte. Les mobiles permettent d’atteindre les employés partout où ils se trouvent, et à tout moment. « Nous ne pouvons plus quitter le travail, déclare le Dr Gabe Ignatow – un sociologue de l’université de North Texas enquêtant sur les changements sociaux. Même quand nous nous détendons, lors des fins de semaine, nous sommes souvent bombardés de courriels, de messages textés et d’appels du bureau ».
 
D’autres distractions numériques – comme les médias sociaux – peuvent nous donner le sentiment d’être  encore plus submergés. « Beaucoup de gens ont l’impression de devoir donner suite aux innombrables affichages sur Facebook, Twitter et autres tableaux d’affichages médiatiques, ajoute le Dr Ignatow, de sorte que notre temps est encore plus morcelé ».
 
Professionnellement, on a tendance – surtout si l’on est cadre ou responsable – à travailler tard le soir au bureau ou à s’y rendre lors des fins de semaine pour s’occuper encore d’autre chose.
 
« Dans les temps qui courent, fait remarquer le Dr Susan Mackey – une psychologue à l’Institut Familial de Northwestern University, on a aussi l’impression que si l’on ne travaille pas 50 ou 60 heures par semaine, on court le risque d’être licencié si la société doit réduire ses effectifs ».   
 
Dans les foyers qui ont des enfants, les parents ont souvent un emploi à l’extérieur. D’après le Département américain des statistiques sur l’emploi, plus de 70% des femmes ayant des enfants de moins de 18 ans travaillent – ont un emploi à l’extérieur ou en cherchent un. Par contraste, en 1960, seulement 20% des mères travaillaient à l’extérieur.
 
Quand ces dernières ont un emploi,  les deux parents sont plus occupés. « De nos jours, les familles sont surmenées en ce sens qu’elles ont aussi fait de la contribution féminine au foyer une contribution pécuniaire ; or, les tâches domestiques doivent toujours être effectuées », explique la sociologue Linda Waite de l’université de Chicago. À présent, les pères et les mères doivent se partager les tâches des mères au foyer et, en plus, aller au travail, recevant un salaire ».
 
Le Dr Waite a calculé que quand les tâches domestiques et les heures de garderie infantile viennent s’ajouter à leurs tâches professionnelles et aux déplacements les accompagnant, les mères et les pères américains travaillent plus de 70 heures par semaine.
 
Ajoutant à la difficulté, les emplois du temps des enfants sont, eux aussi, de plus en plus chargés. « La plupart des parents de la classe moyenne ont des enfants impliqués dans toutes sortes d’activités supplémentaires », explique le Dr Mackey. Les jours ouvrables et les fins de semaine, les parents doivent souvent emmener leurs enfants à des matches ou à l’entrainement. Mais c’est aussi à ces moments-là qu’ils doivent faire leurs emplettes, et s’acquitter des tâches domestiques ».
 
Évidemment, ils n’ont plus guère le temps de se détendre et de s’apprécier mutuellement.
 

Les pertes

Il est un fait que nous devons travailler pour payer les factures. Être assez occupé peut être sain et constructif.  Mais cela devient problématique quand nous travaillons à l’excès. Quand nous nous surmenons, nous ne dormons pas assez et nos corps n’ont pas le temps de se régénérer. Nous devenons stressés, tendus, irritables et nous épuisons. La tension constante sous laquelle nous nous trouvons multiplie nos risques d’ennuis de santé, y compris les migraines, la dépression, l’insomnie, la maladie de cœur et les problèmes digestifs.
 
Nos relations, elles aussi, sont affectées. Quand on a un emploi du temps surchargé, on n’a plus guère de temps, ni d’énergie, pour la famille. Plusieurs enquêtes ont révélé que les couples où les deux conjoints ont un emploi à l’extérieur ont, typiquement, moins de temps à se consacrer l’un à l’autre que dans les foyers où un seul des époux a des occupations professionnelles. Quand les membres de la famille sont ensemble, c’est souvent quand ils se dépêchent de sortir pour emmener les enfants à leurs activités sportives ou à leurs rendez-vous, ou qu’ils regardent ensemble la télévision, en silence – ce qui ne sert guère à resserrer les liens familiaux.
 
Les amitiés peuvent être encore plus difficiles à créer ou à maintenir. On a parfois juste le temps de prendre les dernières nouvelles  après une activité ou en fin de soirée quand on répond à ses messages sur Facebook, mais il ne s’agit pas de conversations  ininterrompues, profondes, ni d’échanges du cœur. Or, c’est pourtant ce genre d’interaction qui rapproche les gens (surtout les femmes).
 
Ce qui est encore plus grave, c’est que nous négligeons notre relation avec Dieu. Pour être proches de Lui, nous devons faire les mêmes choses que ce qui permet aux êtres humains de se rapprocher entre eux: passer du temps ensemble, sans être distraits ou interrompus par quoi que ce soit ou qui que ce soit. Pour être plus proches de notre Père céleste, nous devons prier, étudier la Bible, jeûner et réfléchir davantage.
 
Quand nous sommes très occupés, il est facile de négliger ces choses. Or, comme le dit Andy Burnett, ministre de l’Église de Dieu, Association Mondiale, « quand nous ne faisons pas ces choses importantes, nous ne croissons pas spirituellement. Quand nous sommes trop occupés, nous ne dormons pas suffisamment ; et de ce fait, quand nous essayons de prier, d’étudier la Bible et de réfléchir, il n’est pas rare que nous nous endormions en le faisant ».
 

Le bon équilibre

Avoir un emploi du temps chargé en ce 21e siècle est pratiquement un fait acquis. Néanmoins, nous pouvons –et devons – ralentir.
 
Commencez par évaluer honnêtement votre emploi du temps. Monsieur Burnett suggère que les couples échangent leurs emplois du temps et se demandent s’ils ont réellement besoin de travailler autant pour s’en sortir ; qu’ils se demandent s’ils peuvent réduire leurs heures de travail afin de ne pas être si pris ; qu’ils établissent des priorités ; qu’ils se demandent quels sont les domaines de leurs vies qui requièrent le plus de temps et qui ne sont pas réellement prioritaires.
 
Matthieu 6:33 nous dit ce qui devrait avoir la priorité « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus ». Quand nous donnons à Dieu la prééminence, que nous passons du temps avec Lui dans nos prières et en étudiant Sa Parole (la Bible), nous n’avons pas à nous inquiéter du reste ; nous nous concentrons sur ce qui importe le plus dans la vie.
 
Après notre relation avec Dieu, les autres priorités, dans nos vies, sont nos mariages et nos familles – y compris nos frères et sœurs en Christ.
 
« Nous trouvons le temps de nous occuper de ce qui compte le plus à nos yeux, ajoute M. Burnett. Si, à nos yeux, être en rapport avec notre Père céleste par la prière, l’étude de la Bible, la méditation et des jeûnes occasionnels sont importants, nous trouvons le temps de les inclure dans notre emploi du temps. Si nos contacts avec la famille et nos frères et sœurs en Christ sont importants pour nous, le temps que nous y consacrons le démontre ».
 
En ce bas monde, si on estime qu’il importe d’être occupé, productif, et de gravir à tout prix les échelons dans sa carrière, nous ne devons pas – nous autres, chrétiens – accorder à ces choses plus d’importance que nos relations. Pendre le temps d’avoir une longue discution avec un membre de la famille ; rendre visite à une veuve isolée ; ou aller déjeuner avec un ami qui a besoin d’encouragement  ont une valeur durable. Dieu ne veut pas que  nous soyons trop occupés pour avoir le temps de rendre service à ceux qui en ont besoin et de cultiver nos amitiés.
 
Dieu a prévu que nous nous reposions. De nos jours, on pense souvent que toute détente est improductive.  Or, se détendre n’est pas nécessairement futile. Quand on comprend ce que représente le commandement du sabbat, on sait qu’en fait Dieu nous bénit en nous accordant, chaque semaine, un jour de repos pour maintenir nos vies équilibrées, nous concentrant sur ce qui compte vraiment.
 
Même pendant la semaine, il est bon de prévoir – quand on n’a pas de tâche particulière à remplir – du temps pour se détendre, pour décompresser  et pour réfléchir. Nous nous débrouillons bien mieux quand nos emplois du temps sont assez flexibles.
 
Jésus Lui-même nous a laissé un modèle de repos. Pendant Son ministère terrestre, Il prenait souvent le temps de S’isoler de la foule pour Se ressourcer.  Il encourageait Ses disciples à faire de même, les invitant, par exemple, à « se reposer un peu », après un long voyage (Marc 6:31).
 
Il importe en outre d’éliminer les activités inutiles ou qui nous font perdre du temps. Il n’est pas nécessaire que nous acceptions toutes les invitations ou toutes les demandes qu’on nous fait, ou toutes les occasions qui nous sont offertes, même s’il s’agit d’activités édifiantes.
 
La télévision, les jeux-vidéo et les médias sociaux sont souvent pure perte de temps. Monsieur Burnett suggère que les familles laissent de côté la technologie, un jour par semaine : « L’électronique ne cesse de nous distraire, nous empêchant d’avoir des conversations avec ceux qui sont juste en face de nous, des conversations avec Dieu en prières et dans l’étude de Sa Parole, et de réfléchir ».
 
Il faut savoir s’arrêter. Savoir dire  Assez ! Autrement dit, aller à contre-courant du style de vie supersonique du 21e siècle. C’est le seul moyen de ne pas tomber dans le piège de l’hyperactivité, et c’est ce que nous devons à tout prix faire pour que Dieu occupe réellement la première place dans nos vies.