Et l’on n’apprendra plus la guerre

Cette déclaration résume une espérance universelle. Comment la promesse de la paix sera-t-elle tenue ?

L’ironie de la situation était évidente, même pour les non croyants. Une grande puissance athée, et militariste, offrait au monde un cadeau inspiré de... la Bible ! 

C’était en 1959. L’Union Soviétique présentait aux Nations-Unies une statue en bronze d’un homme robuste tenant un marteau. Avec ce dernier, il martelait une arme représentant la guerre et la destruction – une épée – pour en faire un outil (symbole de paix et de bien) – un soc.

De la part d’un régime qui méprise la Bible, persécute les croyants et venait de tuer plusieurs millions de ses citoyens, le geste de la Russie était pour le moins ambigu. Néanmoins, les mots inscrits sur cette statue  étaient très évocateurs pour beaucoup de gens dans le monde, et c’est encore le cas.

En acceptant ce don, le secrétaire général à l’époque – Dag Hammarskjöld – avait déclaré que le vieux rêve de l’humanité, évoquée dans les paroles d’Ésaïe, était aussi le rêve qui avait inspiré la création des Nations-Unies.

Hélas, la statue ne cite pas fidèlement les paroles d’Ésaïe. Dans un parc en face du bâtiment, de l’autre côté de la rue, se trouve le mur d’Ésaïe qui, lui, contient une citation plus complète des paroles du prophète : « De leurs glaives ils forgeront des hoyaux, et de leurs lances des serpes : Une nation ne tirera plus l’épée contre une autre, et l’on n’apprendra plus la guerre » (Ésaïe 2:4).

Des hommes d’États citent souvent ce verset dans leurs discours. Des musiciens s’en servent dans leurs chansons, comme celle de Michael Jackson Heal the World. Et quiconque les lit est généralement de cet avis. Les paroles d’Ésaïe résument à merveille ce que les hommes désirent ardemment.

Du raffinement dans l’art de tuer

Plus de 50 ans plus tard, et après bien d’autres conflits armés, on est en droit de se demander si le monde connaîtra un jour la paix, ou si ce sont des rêves fantaisistes. En fait, sommes-nous en mesure de connaître le monde dont a parlé Ésaïe quand – comme l’a déclaré le général Omar Bradley – « le monde où nous vivons est un monde de géants nucléaires peuplé d’enfants dans le domaine éthique » ? Et comme il l’a encore déclaré : « Nous en savons plus sur l’art de la guerre que sur le chemin de la paix ; sur la manière de tuer que sur l’art de vivre. »

La réalité est-elle aussi fataliste que Cormac McCarthy l’a décrite dans son roman Méridien de sang ? « Peu importe ce que les hommes pensent de la guerre […] la guerre perdure. Demandez aussi aux hommes ce qu’ils pensent de la pierre. Nous avons toujours connu la guerre. Avant que l’homme n’existe, la guerre l’attendait. L’ultime occupation attendait son ultime expert. C’était ainsi, et il en sera toujours de même » (1985, c’est nous qui traduisons).

Vu notre histoire, nombreux sont ceux qui lui donnent raison.

L’homme a découvert la violence accidentellement, comme l’indique le récit biblique, et cela ne nous a guère pris de temps pour  nous y habituer ! Caïn, le fils d’Adam et Ève, dans une crise de jalousie, « se jeta sur son frère Abel, et le tua » (Genèse 4:8). Qu’il se soit servi d’une pierre, d’un bâton ou de ses mains, Caïn amorçait le pire fléau de l’humanité, les gens se levant les uns contre les autres et s’entretuant. Sa méchanceté était née d’une saute d’humeur, mais ceux qui l’ont imité ont rapidement perfectionné l’art de la guerre, inventant les méthodes les plus destructives et les plus efficaces possibles. Et bien que la guerre soit douloureuse et répugnante, nous sommes enlisés dans notre quête de perfectionner l’art de la paix.

Un semis à modifier

Lawrence LeShan détecte néanmoins quelque chose quand il écrit, dans son livre The Psychology of War: Comprehending Its Mystique and Its Madness : [La psychologie de la guerre : Sa mystique et sa folie] : « Nous ne devons pas nous demander ce qui a provoqué  l’éclatement de telle ou telle guerre, mais plutôt, “qu’est-ce qui, dans l’homme, le rend si décidé à aller se battre, quelle que soit sa culture et l’état de l’économie ?” La question qui est posée est liée à sa propension, à sa réceptivité, au “semis” dans lequel tombent des événements particuliers et qui, nourris par lui, fleurit en un conflit armé entre divers groupes » (2002, p. 109).

Il est clair, pour la plupart des gens, que le semis des idées humaines doit changer. Mais comment ?

Nous nous approchons tellement de la réponse donnée dans les paroles d’Ésaïe gravée sur le mur en face du bâtiment des Nations Unies, et pourtant nous en sommes éloignés de plus d’un km quand il s’agit, pour nous, de lire le restant de ses propos ! Ces statues et ces chansons s’empressent de décrire le résultat final du monde idéal d’Ésaïe, mais elles ne tiennent pas compte de ce qui doit le précéder. Or, c’est dans ce qu’Ésaïe ajoute que l’on voit ce qui se passe avant, ce qui permet de comprendre ce qui amènera les hommes à renoncer à la guerre.

Les conditions préalables à la paix

Ésaïe commence par décrire le cadre qui permettra au monde de ne plus avoir de guerres : « Il arrivera, dans la suite des temps, que la montagne de la maison de l’Eternel sera fondée sur le sommet des montagnes, qu’elle s’élèvera par-dessus les collines, et que toutes les nations y afflueront » (Ésaïe 2:2).

Premièrement : La paix universelle n’aura jamais lieu tant que Jésus-Christ ne sera pas revenu sur Terre pour y établir le Royaume de Dieu dans lequel Il régnera en tant que Roi des rois. Les prophéties bibliques insistent sur ce point. Jésus nous a averti que nous serons sur le point de nous annihiler, mais qu’Il ne permettra pas que cela se produise (Matthieu 24:21-22). Que se passera-t-il ensuite ?

Une fois que Christ sera revenu, les peuples du monde diront : « Venez, et montons à la montagne de l’Eternel, à la maison du Dieu de Jacob, afin qu’il nous enseigne ses voies, et que nous marchions dans ses sentiers. Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem la parole de l’Eternel ».

Le petit mot car est important. Il marque une conséquence.

Deuxièmement : Le désir qu’auront les gens d’apprendre de Dieu sera présent parce que Sa loi et Sa Parole seront publiées. La connaissance qu’Il donne les encouragera à vouloir en savoir plus. Et enfin ils comprendront comment le semis des idées humaines pousse  et pourquoi il peut être si destructeur.

Veuillez noter le début du verset 4, qui est omis de la plupart des illustrations des épées reforgées en socs : « Il sera le juge des nations, l’arbitre d’un grand nombre de peuples ». C’est là une déclaration clé. Et que nous dit-elle ?

Troisièmement : Le renoncement à la guerre proviendra de ce que les gens seront jugés et corrigés. Le jugement divin dont il est question ici n’est pas synonyme de condamnation à un sort particulier. Ce type de jugement aidera les gens à comprendre leur besoin de corriger leurs voies, leurs lois, leurs orientations et leurs pensées humaines futiles.

Quand on est jugé ou évalué, on est automatiquement  châtié, trouvé fautif, convaincu et corrigé. Et il n’est guère difficile de se rendre compte que notre manière de vivre – à nous autres, humains – a désespérément besoin d’être corrigée !

De par la nature même de ce processus, « forger des socs à partir d’épées » ne se fait pas du jour au lendemain. Quand le Christ reviendra, les gens ne renonceront pas immédiatement à la guerre, car ils devront commencer par rejeter leur façon de penser – la seule qu’ils connaissent. Rejeter une manière de penser sous-entend la remplacer entièrement par une autre.

La guerre ne sera rejetée que lorsqu’une nouvelle façon de voir les choses – la voie divine, les lois de Dieu, Ses pensées – sera acceptée. Et Dieu nous dit, par la bouche d’Ésaïe, que cela va se produire.

Forger des socs à partir d’épées est une merveilleuse métaphore décrivant  une réaction physique universelle issue d’une nouvelle compréhension spirituelle. Si nous voulons la paix, nous ne pouvons pas ignorer ces conditions spirituelles préalables. Nous ne pouvons pas ériger des statues et n’y graver que quelques mots d’une déclaration, rejetant l’essentiel, les principes à suivre pour avoir la paix. Prétendre que nous pouvons y parvenir sans que le Christ revienne et ne change totalement notre façon de penser consiste à nous faire des illusions, et c’est de notre part de la propre justice.

Le nœud de la question

Des siècles après Ésaïe, un autre rédacteur de la Bible alla plus loin. L’apôtre Jacques posa simplement une question clé que tous les humains ont besoin de se poser : « D’où viennent les luttes, et d’où viennent les querelles parmi vous ? N’est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres ? » (Jacques 4:1). Comme LeShan l’a fait remarquer, nous avons tendance à attribuer à la déclaration de nos guerres certains événements. Jacques, lui, entre dans le vif du sujet et va droit au cœur du problème : le cœur de l’homme !

Les guerres et les luttes sont symptomatiques de problèmes bien plus graves. « N’est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres ? »

« Vous convoitez », poursuit Jacques. La convoitise consiste à chercher à assouvir le plaisir de nos sens. Cela comprend ce qui nous pousse à agir comme nous le faisons –  qu’il s’agisse de notre soif de pouvoir,  de gloire, ou de notre désir d’occuper un poste, de notre soif de richesses, ou de domination. Toutes ces choses proviennent de notre égoïsme. Et elles enflamment les pires comportements humains.

Jacques décrit les conflits qui font rage dans nos têtes : « Vous convoitez, et vous ne possédez pas ; vous êtes meurtriers et envieux, et vous ne pouvez pas obtenir ; vous avez des querelles et des luttes, et vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas. Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions » (versets 2 et 3).

Il va au cœur du problème : La guerre provient de ce que l’on cherche – au niveau individuel ou national – à agir à sa guise, à rechercher ses propres intérêts, à se faire valoir. Tant que l’égo ne sera pas vaincu, la guerre ne le sera pas non plus. Même demander quelque chose à d’autres, ou à Dieu, est généralement égoïste. Combien de guerres ont été menées « au nom de la religion », des croyants des deux camps demandant à Dieu de les aider à tuer leurs adversaires ? Dieu n’exauce jamais des prières dont les motifs sont si iniques.

Et Jacques ne se limite pas à ce que nous venons de lire. Il nous oblige à nous interroger encore davantage : « Adultères que vous êtes ! ne savez-vous pas que l’amour du monde est inimitié contre Dieu ? » (verset 4).

Si l’on se base sur le palmarès de l’humanité, la réponse à cette question est « non ! » Nous ignorons en quoi les voies de ce monde sont inimitié contre Dieu. Se battre – à tous les niveaux – entre conjoints, dans nos familles, avec nos voisins, ou avec d’autres pays, emboite le pas à un monde profane et n’équivaut pas à suivre Dieu. Cela provient de problèmes dans le cœur de l’homme, de problèmes spirituels. Et les problèmes spirituels proviennent de ce que l’on rejette la voie divine.

Jacques nous ramène à cette vérité. Les conflits ont beau être traités entre humains, à la base, le problème, c’est que nous avons rejeté Dieu ! La solution est simple, bien qu’ardue pour les humains : « Soumettez-vous donc à Dieu […] Approchez-vous de Dieu […] Nettoyez vos mains, pécheurs [repentez-vous, et changez !] purifiez vos cœurs, hommes irrésolus » (versets 7-8).

« Sentez votre misère ; soyez dans le deuil et dans les larmes ; que votre rire se change en deuil, et votre joie en tristesse. Humiliez-vous devant le Seigneur » (versets 9-10). Les êtres humains ne veulent jamais emprunter cette voie, et pourtant, c’est le seul moyen d’avoir la paix. Si vous décidez de l’emprunter,  « il vous élèvera ».

En paix avec Dieu, et avec les hommes

Les propos de Jacques sont-ils trop simplistes, ou mettent-ils le doigt sur le nœud du problème ? En fait, ils sont inspirés par Dieu, et Dieu n’y va pas par quatre chemins : Les guerres des hommes ne cesseront que lorsque nous aurons cessé de nous opposer à Lui.

Quand le Christ reviendra, Il convaincra les hommes que « le problème n’est pas entre vous et telle ou telle personne ou nation, mais entre vous et Dieu ! » Il va nous obliger tous à admettre la réalité de notre propre nature, de l’égoïsme qui engendre tout ce qu’il y a de mauvais dans nos comportements.

À mesure que nous acceptons tous, individuellement, la juste souveraineté de Dieu, recherchant humblement Son pardon et Son aide, que nous modifions les pensées et les intentions de nos cœurs et nous mettons à obéir à Ses lois – éléments qui nous mettent en paix avec notre Créateur – alors, et alors seulement, nous trouverons le moyen de vivre en paix avec notre prochain.

Et maintenant ?

Pouvons-nous mettre fin aux guerres, dans le monde ? Non ! Pas tant que Christ ne sera pas revenu. Il faut que le Royaume de Dieu soit d’abord instauré, et c’est la première des choses pour lesquelles Christ nous a dit de prier (Matthieu 6:10). 

Pouvons-nous pratiquer la voie de la paix individuellement ? Oui ! La deuxième chose pour laquelle le Christ nous a dit de prier est « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Nous avons la possibilité d’apprendre dès à présent la volonté divine et de la pratiquer. Nous pouvons comprendre la volonté et la voie divines ; nous détourner de nos propres voies, et faire la paix avec notre Créateur. Le souhaitons-nous ?

Quant à ce monde nouveau dont Ésaïe a parlé, vous pouvez dès à présent en prendre connaissance, mais mieux encore : vous pouvez être là quand le Christ l’instaurera. Ce sera un monde où « une nation ne tirera plus l’épée contre une autre, et l’on n’apprendra plus la guerre ».