La quête nostalgique d’un voyageur

Quelle existence a-t-on – dans cette vie physique temporaire – quand on est un étranger ? Et pourquoi le choix de notre vraie patrie importe-t-il ?

Le mot « patrie » revêt divers sens, et dépend de qui nous sommes. 
 
Ma femme et moi avons acheté notre première maison au début de cette année, et nous nous y sentons chez nous. C’est là que nous reposons notre tête, le soir ; c’est là que nous nous détendons et nous sentons à l’aise ; là où nous avons hâte de nous retrouver après un long voyage – non parce que c’est une maison, mais parce que c’est chez nous – notre chez nous !
 
Cette maison proprement dite n’est pas ce qu’il y a de plus important. Notre « chez-soi » peut être un simple appartement, et même une cabane en terre battue. En fait, il n’est même pas nécessaire que ce soit une structure. Pour Marie et moi, notre foyer, c’est aussi la Virginie et le Massachusetts – les États où nous avons grandi, où se trouvent nos parentés et où nous avons de merveilleux souvenirs.
 
Sa « patrie », cela peut représenter bien des choses, mais en fin de compte, c’est là où on élit domicile et où on se sent  « chez soi ».
Néanmoins, que se passe-t-il quand on n’a pas le sentiment d’être « au bon endroit » ?
 
Loin de chez nous
 
Les disciples de Dieu ne se sont jamais sentis dans leur élément dans ce monde, ne se sont jamais sentis à l’aise dans la société dans laquelle ils vivaient. Quand Abraham entra dans la Terre promise, il le fit comme « étranger » (Genèse 23:4). Des siècles plus tard, Dieu délivra ses descendants – la nation d’Israël – de l’esclavage et les conduisit jusque dans cette même Terre Promise, mais Il leur rappela : « Le pays est à moi, car vous êtes chez moi comme étrangers et comme habitants » (Lévitique 25:23). Quelques siècles plus tard, l’un des plus grands rois de la nation, s’adressant à Dieu, reconnut : « Je suis voyageur et étranger chez toi, comme ont été tous mes pères » (Psaumes 39:12. Version Martin).
 
Intéressant, ce mot « voyageur ». Un voyageur, c’est quelqu’un qui n’est pas chez lui. Si vous allez rendre visite à des amis, pendant une semaine, vous êtes un voyageur, chez eux. Si vous êtes étudiant, vous vivez peut-être dans un dortoir. Et Abraham, qui se déplaçait d’un endroit à un autre et vivait dans une tente, était lui aussi un voyageur.
 
Il était logique qu’Abraham se prenne pour un voyageur. Quand Dieu l’appela et lui dit d’aller dans la Terre Promise, il quitta sa patrie et devint un nomade. Mais que dire d’Israël – la nation qui hérita le pays promis à Abraham et y vécut ? Et que dire de David, roi d’Israël qui vécut dans un palais, au milieu du peuple choisi de l’Éternel ? En quoi étaient-ils des étrangers dans leur propre pays, et dans leurs propres domiciles ?

 

À la recherche d’une patrie

 
L’auteur de l’Épître aux Hébreux parle en détail d’hommes et de femmes de foi qui suivirent Dieu et honorèrent leur appel, même dans les temps difficiles.
 
L’un d’eux était Abraham. Et de même pour sa femme Sarah. De leur nombre était Moïse, qui guida les Israélites jusqu’à la Terre Promise. Et de même pour David – que l’Éternel décrit comme homme selon Son cœur (Actes 13:22).
 
Ces héros bibliques « c’est dans la foi qu’ils sont tous morts […] reconnaissant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre » (Hébreux 11:13). 
 
Étrangers et pèlerins. Voyageurs sur la terre. Ce qui explique bien des choses ! La plupart des voyageurs ont leur domicile dans une autre ville, dans un autre État, ou dans un autre pays. Les voyageurs d’Hébreux 11 avaient leur domicile dans un autre monde – un Royaume devant bientôt être instauré ici-bas. Pour eux, le temps qu’ils passaient sur terre l’était loin de leur vraie patrie.
 

Comment cela ? 

 
Poursuivons notre lecture : « Ceux qui parlent ainsi montrent qu’ils cherchent une patrie.  S’ils avaient eu en vue celle d’où ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner.  Mais maintenant ils en désirent une meilleure, c’est-à-dire une céleste. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, car il leur a préparé une cité » (versets 14-16).
 
Quand l’auteur de l’Épître aux Hébreux  parle de « patrie », dans l’original grec, il se sert du mot patris – dont est tiré notre mot français « patrie » – et il évoque aussi le pays où l’on est né. Autrement dit, les personnes décrites dans Hébreux 11 ne cherchaient pas simplement une terre qu’elles puissent appeler un « chez soi ». Elles aspiraient à quelque chose de bien précis. Ces héros attendaient leur patrie, leur vrai lieu de naissance – un endroit où établir leurs racines et où ils pourraient se sentir vraiment chez eux.
 

Une dichotomie

 
Être chrétien signifie assumer une certaine dichotomie.
 
Ce monde n’est pas le vôtre.
 
Vous êtes né dans ce monde ; vous y vivez, et en dépit des progrès effectués dans les voyages intersidéraux, vous allez probablement y mourir.
 
Mais ce n’est pas votre vraie patrie.
 
Marie et moi avons plusieurs endroits, dans ce monde, où nous nous sentons « chez nous », mais nous savons pertinemment que ces lieux sont temporaires. Ce sont des endroits où nous aimons nous trouver et que nous apprécions lors de nos voyages dans ce monde, mais notre vrai foyer, notre patrie, se trouve dans un territoire qui nous est étranger. Néanmoins, nous avons une petite idée de ce à quoi elle ressemble.
 

D’or pur

 
La Bible décrit la nouvelle terre et la cité que Dieu prépare pour Son peuple. Elle aura 12 fondations – chacune décorée de pierres précieuses (Apocalypse 21:19-20).  Les rues seront d’or pur et ses 12 portes seront d’énormes perles gardées par des anges (versets 12, 21). Un fleuve la traversera, d’une eau pure et claire comme du cristal (Apocalypse 22:1).
 
C’est à couper le souffle ! Néanmoins, ce qui m’intéresse, ce n’est pas son architecture, mais ce qui s’y passera, car c’est ce qui la distinguera :
 
Notre Père céleste et Christ n’auront pas de temple, dans cette cité, car Ils y vivront tous deux, et leur présence la fera briller plus que la lune et le soleil (Apocalypse 21:22-23). Ils auront tous deux des rapports étroits avec les habitants de cette cité car « voici le tabernacle de Dieu avec les hommes ! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu » (versets 3-4).
 
Plus de douleur, plus de chagrin, plus de larmes. Cette cité, le Royaume de Dieu, sera sans précédent. Et qui y sera ? «Heureux ceux qui observent ses commandements, afin d’avoir droit à l’arbre de vie, et d’entrer par les portes dans la ville ! » (Apocalypse 22:14, version Ostervald). Quiconque est disposé à vivre en pratiquant la ligne de vie parfaite de l’Éternel aura sa place dans un Royaume alimenté par ce mode de vie.
 
Et c’est cela, la vraie patrie dont il est question.
 

De retour

 
Abraham, Moïse, David et les autres héros de la foi sont tous morts sans avoir atteint la patrie vers laquelle ils se dirigeaient ; « ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises ; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre » (Hébreux 11:13). 
 
Notre séjour sur terre – dans cette société, dans cette ère de mauvais gouvernements humains – est temporaire. Nous ne faisons que passer – que nous en soyons satisfaits ou non – et éventuellement, ce séjour prendra fin. Si nous sommes disposés à l’accepter – à attendre, comme Abraham le fit, « la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur » (verset 10), à suivre Dieu et à faire Sa volonté – vous et moi nous joindrons aux fidèles héros qui nous ont précédé, saluant de loin l’accomplissement des promesses divines.
 

Ayant en vue leur patrie

 
Et un jour cette patrie se matérialisera. « Descendra du ciel, d’auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s’est parée pour son époux » (Apocalypse 21:2). En ce jour, Dieu pourra nous dire, à nous et à tous Ses enfants qui ont vécu au fil des siècles, « Bienvenue dans votre patrie ; votre place est ici ! »