La Chine et la Russie forment une alliance en orient

La Chine et la Russie créent un partenariat destiné à dominer l’Asie et à défier l’occident. Où cela risque-t-il de mener ?

Alors que les dirigeants américains et européens se réunissaient sur la Manche en juin 2019 pour commémorer le 75e anniversaire du Débarquement en Normandie, lors de la Deuxième Guerre mondiale, une autre réunion significative avait lieu à Moscou, ayant pour objet de cimenter et de marquer une alliance peut-être encore plus puissante en ce 21e siècle.

Le président russe Vladimir Poutine accueillait le président chinois Xi Jinping au Kremlin pour marquer sept décennies de relations diplomatiques entre Moscou et Beijing. Ils ont qualifié leurs liens de « solides comme un roc », se vantant de ce que la Chine et la Russie seront ensemble « des garants fiables en matière de paix et de stabilité » pour le monde.

Cette coalition de nations garantira-t-elle l’harmonie. D’après les prophéties bibliques, quel sera le point culminant de la coopération de ces deux titans orientaux ?

Quelques semaines plus tard, alors que des diplomates américains visitaient la région, les deux dirigeants nationaux eurasiens soulignaient le resserrement de leurs relations en éprouvant leurs adversaires asiatiques. Démontrant clairement leurs capacités militaires communes, quatre avions chinois et russes à capacité nucléaire, volant en formation, ont violé l’espace aérien sud-coréen et japonais, poussant ces deux nations à faire décoller d’urgence plusieurs avions de combat et attisant les tensions dans la région.

Le pouvoir mondial se déplace vers l’orient

La Chine et la Russie forment à présent plus qu’un contrepoids aux États-Unis et aux autres nations occidentales. D’après un rapport du Carnegie Endowment for International Peace publié en février 2018, ces pays « souhaitent accélérer l’affaiblissement apparent des États-Unis ».

« Souhaitant conjointement déplacer le centre du pouvoir mondial, de l’espace euro-atlantique vers l’orient, poursuit ledit livre blanc, ils projettent de remanier au moins plusieurs des règlements de la gouvernance globale ».

Faut-il s’étonner de ce qu’au Conseil de Sécurité des Nations Unies, où ils sont des membres permanents, ces deux pays agissent de concert ? Ils votent de la même manière dans 98% des cas et la Russie a approuvé chaque véto chinois depuis 2007.

D’après Douglas Shoen et Melik Kaylan – auteurs de l’ouvrage The Russia-China Axis – « leur coopération, quasiment sans déviation, a des ramifications anti-américaines et anti-occidentales […] Effectivement, la Russie et la Chine exacerbent pratiquement chaque menace ou problème affectant les États-Unis à présent » (2014, p. 3, 5).

Des liens qui unissent

L’un des plus éminents penseurs stratégiques américains du 20e siècle – l’ancien conseiller à la sécurité nationale Zbigniew Brzezinski – sonne l’alarme dans son livre The Grand Chessboard. Analysant les menaces à la sécurité américaine, il avertit que « le plus dangereux scénario serait une grande coalition de la Chine et de la Russie […] unies non par l’idéologie mais par des griefs complémentaires » (1997, p. 55).

Des griefs et une fierté nationale blessée sont de puissantes motivations nationales, et Moscou et Beijing ont une liste croissante de récriminations contre Washington et l’occident.

Diverses contraintes imposées par l’ordre mondial mené par les États-Unis poussent ces géants asiatiques à se rapprocher.

Englués simultanément dans des conflits économiques avec l’Amérique, « la Russie et la Chine ont décidé de coopérer davantage, en grande partie du fait que les États-Unis inquiètent surtout ces deux pays », a écrit l’érudit en Affaires Étrangères Russell Mead (« Why Russia and China Are Joining Forces », The Wall Street Journal, 29 juillet 2019).

L’an passé, l’administration du président Trump a annoncé qu’elle réduisait sa lutte contre le terrorisme, ayant décidé plutôt à dissuader les « concurrents stratégiques » que sont la Chine et la Russie. Monsieur Trump a placé sur une liste noire plusieurs sociétés technologiques et imposé toute une série de tarifs commerciaux sur les exportations de la Chine – le département du Trésor ayant accusé cette dernière de manipuler les devises.

Les États-Unis ont également augmenté leur présence militaire dans la mer de Chine méridionale pour entraver les efforts de Beijing visant à en revendiquer davantage la propriété. L’affrontement avec la Russie a inclus l’annulation d’un traité de désarmement nucléaire, le maintien de sanctions économiques contre celle-ci pour son occupation du territoire ukrainien, et l’accusation qu’elle a manipulé les élections américaines.

Deux hommes forts s’allient

Le ministre chinois des Affaires Étrangère Wang Yi aurait déclaré en avril 2018 que les relations sino-soviétiques étaient « au mieux dans l’histoire ». En juin 2018, Xi Jinping aurait déclaré que Vladimir Poutine était son « ami le plus intime ».

Le lien étroit les unissant – ils se sont rencontrés plus de 30 fois ces six dernières années – agit en tant que conducteur et, en cas de besoin, d’amortisseur dans leur relation.

Plusieurs sondages d’opinion publique effectués en 2018 indiquaient que 69% des Russes ont une opinion négative des États-Unis, mais que le même pourcentage a une opinion positive de la Chine. Quand on leur  demande qui sont leurs ennemis, 2/3 des Russes répondent « les États-Unis », lesquels représentent donc à leurs yeux le pire adversaire de leur pays. Seulement 2% de Russes considèrent que la Chine est leur ennemie.

Non des alliés naturels

Ces deux puissances géopolitiques ont une histoire complexe et litigieuse, marquée de méfiance mutuelle, de rivalités commerciales et de discorde idéologique, ponctuée de périodes d’intense hostilité sur leur frontière longue de 4 200 km. L’expansion russe vers l’Est, à travers la Sibérie et l’extrême orient russe dans les années 1800 a mené à des traités inégaux obligeant la Chine à céder plus de 1,5 million de km2 de territoire à la Russie impériale.

Ces deux pays ont été alliés pendant une courte période, quand le parti communiste a pris le pouvoir à Beijing en 1949, lorsque Moscou a envoyé de l’aide et des conseillers en Chine.

Néanmoins, après la mort du dirigeant soviétique Joseph Staline, les deux régimes ont commencé à se lancer des piques, puis à échanger des coups de feu. En 1969, leur grave scission a provoqué une série d’escarmouches sur leur frontière commune, qui ont failli dégénérer en un conflit nucléaire. La tension et l’impasse ont subsisté pendant des années.

Du fait de cette scission sino-soviétique, les États-Unis et leurs alliés occidentaux ne se sont relativement pas inquiétés de l’apparition d’un groupe cohésif de ce type, en orient,  mais dans la dernière décennie, du fait que leurs rapports avec l’occident se sont envenimés, Moscou et Beijing ont été confrontés au choix épineux entre une alliance ou l’isolement.

Un commerce bilatéral bénéfique

La Russie et la Chine ont – pour reprendre les propos du rédacteur et analyste du Washington Post Adam Taylor – tenu à se faire passer pour « des champions du libre-échange et des adversaires du protectionnisme, et elles estiment que leurs économies axées sur les exportations sont menacées » par l’occident.

Bien que l’économie chinoise soit six fois supérieure à celle de la Russie, le couplage a une certaine logique, la Russie ayant d’énormes ressources naturelles et la Chine étant industriellement très avancée.

La Chine s’impose de plus en plus en tant que puissance globale dotée de liquidités financières, possédant une forte population, mais elle manque de beaucoup de ressources naturelles. La Russie s’essouffle économiquement, mais sait comment s’y prendre dans des sphères comme la diplomatie, la défense et l’espace, et de vastes régions non peuplées abondamment boisées, riches en eau, en minéraux, en or, en pétrole et en gaz naturel ayant besoin d’être exploitées.

En 2010, la Chine est devenue le plus grand consommateur d’énergie dans le monde, dépassant les États-Unis. La Russie a récemment dépassé l’Arabie Saoudite en tant que pays exportateur de pétrole vers la Chine.

Il y a dix ans, les gazoducs russes étaient tous dirigés vers l’Europe, mais avec le gazoduc Force de Sibérie – faisant partie d’un accord de livraison de gaz de 30 ans et coûtant $400 milliards – prévu fonctionner cette année, la Chine est en passe de devenir détentrice du plus gros marché de gaz russe, derrière l’Allemagne.

Les échanges commerciaux bilatéraux sont passés de $69 milliards en 2016, à $107 milliards l’an passé. Une fusion de l’initiative chinoise ambitieuse de la nouvelle route de la soie et du partenariat russe de la grande Eurasie visant les républiques de l’ancienne Union Soviétique promet de former une alliance impressionnante devant affecter l’Asie et l’Europe.

Une nouvelle union militaire ?

En juin 2001, à Shanghai, les deux pays ont créé une sorte d’alternative à l’OTAN –  l'Organisation de Shanghai pour la coopération (OSC). Formée à l’origine par la Russie, la Chine et plusieurs anciennes républiques de l’Union Soviétique, elle s’est élargie avec l’addition de l’Inde et du Pakistan afin de tout mettre en œuvre pour resserrer les liens économiques, politiques et militaires de ces pays. 

Vladimir Poutine, évoquant l’histoire soviétique avec un regard sur l’avenir, a qualifié l’OSC de « nouvelle version du pacte de Varsovie ».

Ce nouvel axe asiatique est enhardi par la perception du déclin de la volonté américaine de soutenir des alliés dans le monde. La Russie et la Chine affinent et modernisent leurs forces. Bien que la possibilité d’une alliance militaire véritable semble encore lointaine, des exercices navals communs ainsi que la vente de technologies avancées et de systèmes d’armement sophistiqués est courante.

Mettant en évidence, l’automne dernier, ce nouveau partenariat, ces pays ont participé à Vostok 2018, les plus grandes manœuvres militaires que le monde ait connu depuis la fin de la Guerre Froide. Dans ce déploiement de puissance militaire incluant plusieurs centaines de milliers de soldats russes auxquels étaient venus se joindre des soldats chinois, comme on a pu le lire dans le South China Morning Post, « l’esprit de confiance mutuelle, de bénéfices partagés et de consultation de Shanghai » (18 septembre 2018) était présent.

De nouvelles routes commerciales

Moscou et Beijing développent aussi conjointement, dans l’Arctique, diverses infrastructures en matière d’énergie, de transports et de télécommunications. Contenant apparemment 13% des gisements pétrolifères de la planète, et 30% de ses réserves de gaz naturel, les eaux de l’Arctique, sur le littoral russe, ont le potentiel de devenir une autoroute maritime géante. L’itinéraire maritime septentrional, selon l’initiative chinoise de ceinture routière sur le tracé de son ancienne route de la soie, est destiné à relier l’océan Atlantique – par le littoral russe sibérien – à l’océan Pacifique en Extrême-Orient.

La Chine, qui a commencé à se décrire comme « État du Proche Arctique » déclare que cet itinéraire requiert au moins 15 jours de moins que la route maritime la reliant à l’Europe occidentale par le canal de Suez.

Guettant l’Europe

L’Europe, en tant que marché et en tant que source de technologie, demeure un continent-clé dans les ambitions russes et chinoises. Le vieux continent – ne cessant d’être écartelé du fait de diverses frictions internes comme le Brexit, l’immigration et l’autoritarisme – n’imagine pas qu’une force destructrive eurasienne puisse le menacer.

Une super-alliance eurasienne entre la Russie et la Chine aurait – d’après l’ancien parlementaire européen et auteur du livre Dawn of Eurasia, Bruno Maçães – un impact considérable :

« Dans l’esprit de l’occident, elle combinerait la crainte liée à la Russie à l’invulnérabilité apparente de la Chine. Washington se sentirait attaquée ; l’Europe, intimidée, serait mal à l’aise. Le vieux continent connaîtrait aussi la menace d’une scission entre l’Europe Occidentale et les nations de l’Europe Centrale et de l’Europe de l’Est, lesquelles pourraient alors se concentrer sur l’influence d’une Chine satisfaite de ses liquidités et impatiente d’investir dans la région. Ce serait un monde totalement nouveau, et qui se rapproche de plus en plus de la réalité » (Politico).

L’« île du monde »

Le supercontinent eurasien est le plus grand sur ce globe, abritant 70% de la population mondiale et faisant l’objet des deux tiers de la croissance économique de notre planète. Sa taille, ses richesses et son potentiel illimité fascinent depuis des siècles les stratèges influents.

Il y a un peu plus d’un siècle, Halford Mackinder a appelé l’Asie « l’île du monde » et le centre de la géopolitique. D’après sa théorie, quiconque gouverne le centre de l’Eurasie serait maître du monde.

Dans un sens, Mackinder avait raison car l’Eurasie sera en première ligne et au cœur même d’une série d’affrontements titanesques à la fin de l’ère présente.

L’Eurasie selon les prophéties

Les dirigeants politiques ont beau échafauder des plans pour dominer l’Eurasie, le Dieu de la Bible déclare que Lui seul peut prédire l’avenir et le faire s’accomplir (Ésaïe 46:8-11). Ses paroles prophétiques annoncent le rôle majeur que cette région est destinée à jouer à la fin de l’ère présente, afin que nous sachions qu’Il est aux commandes. 

Le livre prophétique de Daniel parle d’un affrontement, au temps de la fin, dans lequel le « roi du septentrion » – une superpuissance européenne renaissante, puisant ses racines dans l’ancien empire romain – vaincra « le roi du midi » – un conglomérat moyen-oriental (Daniel 11:40-45).

La puissance européenne victorieuse et vaniteuse sera alors effrayée par « des nouvelles de l’orient et du septentrion » (verset 44). À partir de la nation moderne d’Israël comme point de repère, au nord et à l’est de Jérusalem, se trouvent la Russie et la Chine. Ces puissances asiatiques se mettront en mouvement pour opposer ou contrebalancer la superpuissance européenne.

La prophétie de Daniel précise que le roi européen lancera alors une attaque préventive : « Il partira avec une grande fureur pour détruire et exterminer des multitudes » (verset 44).

Le colosse eurasien – formé des « rois qui viennent de l’Orient » (Apocalypse 16:12) contre-attaquera alors la puissance européenne avec une armée gigantesque venue de l’est de l’Euphrate (Jérémie 50 et 51) qui tuera « le tiers des hommes » (Apocalypse 9:15). Cette dernière se rendra ensuite au Moyen-Orient pour une confrontation finale avec « le roi du septentrion » (Apocalypse 9:13-18 ; 16:12) pour ce qu’ils penseront être une bataille finale pour l’humanité.

Ces armées – ces deux camps – seront alors confrontées et vaincues par Jésus-Christ qui sera de retour (Apocalypse 17:14 ; 11:15).

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