Le déclin de l’Amérique

Les États-Unis étant encore en proie à des convulsions domestiques, leur départ ignominieux d’Afghanistan a poussé les Alliés à se demander si l’ère de l’Amérique touche à sa fin.

Comment oublier le spectacle de gros hélicoptères militaires récupérant des diplomates américains sur le toit d’une ambassade imposante ; de parents essayant désespérément de confier leurs bébés à des soldats, au-dessus de barbelés ; d’Afghans désespérés déferlant sur l’asphalte, courant après un avion bondé décollant, plusieurs chutant du ciel alors que le gros transporteur quittait l’aéroport de Kaboul.

Une fin ignominieuse

Le monde a eu les yeux rivés sur les scènes de cette défaite chaotique et honteuse qui risque d’être un tournant important dans la présidence de Joe Biden et une démonstration de la puissance décroissante de l’Amérique. Ce « moment de Kaboul » de l’échec américain, d’après un affichage d’un blog publié par The Times of Israel, annonçait qu’« un géant ruiné et fatigué s’empressait de partir » et illustre « un déclin réel de la puissance imposante de l’Amérique » au point que « la Pax Américana a cessé d’exister ».

Un article de United Press International est même allé plus loin, déclarant que « quand les historiens évoqueront le départ incohérent des États-Unis d’Afghanistan, cela risque de passer pour une phase critique du déclin de l’Amérique dans le monde ».  Cela rappelle « la crise de Suez en 1956, qui non seulement  avait humilié le gouvernement britannique de Sir Antony Eden, mais avait aussi marqué la fin du Royaume-Uni en tant que puissance mondiale ».

Et ledit article de poursuivre : « La pire perte est celle de la crédibilité des États-Unis qui – en tant que puissance – semblent régresser de plus en plus sur la scène internationale (et se désintégrer nationalement) ».

Débâcle et déclin

Le désastre en cours, retransmis dans des foyers du monde entier, a été perçu comme une défaite pour la nation la plus puissante du globe, face à une armée jihadiste. Les médias internationaux ont qualifié la débâcle de balafre spectaculaire dans l’image de l’Amérique.

 « De Saïgon à Kaboul, ce que le fiasco américain en Afghanistan signifie pour le monde » (The Economist, 21 août 2021).

« La décadence et l’arrogance ont fini par abaisser l’empire américain » (The Telegraph, 18 août 2021).

« Ce que les Alliés de l’Amérique peuvent tirer de l’écroulement de l’Afghanistan » (Haaretz, 15 août 2021).

« Voici comment Biden a brisé l’OTAN » (The Wall Street Journal, 19 août 2021).

« Le fiasco afghan suscite des questions épineuses pour l’Europe » (The New York Times, 23 août 2021).

« Les relations entre le Royaume-Uni et les États-Unis en chute libre sont une autre victime de la chute de l’Afghanistan » (The Gardian, 22 août 2021).

Les retombées de l’abandon

L’idée que se faisait la communauté internationale de l’Amérique en tant que leader du monde a sérieusement été endommagée par la calamité saisissant l’Afghanistan. Un frisson de frustration et de stupéfaction a saisi les dirigeants nationaux européens qui se sont sentis un peu trahis face au retrait désorganisé et presque désinvolte des troupes américaines qui a provoqué un effet de dominos ayant permis au taliban de reprendre le pouvoir.

La guerre en Afghanistan ayant débuté à l’instigation de l’invocation, par les États-Unis, de l’article 5 de l’OTAN – d’après lequel une attaque sur un seul de ses pays membres représente une attaque contre tous ses membres – l’absence de coordination de l’Amérique avec ses partenaires a suscité des doutes sur la fiabilité de Washington en tant qu’Allié.

L’allié le plus apprécié de l’Amérique – le Royaume-Uni – s’est empressé de qualifier l’exode hâtif des troupes américaines d’erreur historique. La Chambre des communes britannique l’a condamnée, le qualifiant de honteux et de catastrophique. Le Premier ministre Boris Johnson a dû attendre plusieurs jours avant d’être autorisé à parler au président américain, et Tobias Ellwood – président du parlement britannique du comité de défense a dit tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas : « C’est une énorme gaffe, qui va avoir des conséquences stratégiques à long terme ».

Un autre flux de migrants ?

Les responsables français prévoient – et veulent à tout prix éviter – la pagaïe ayant résulté de la dernière vague majeure de migrants de 2015. À l’époque, plus de 1,3 million de ressortissants  syriens, afghans, et autres, ont déferlé sur l’Europe, provoquant des remous sociaux et politiques dans tout le continent.

« L’Europe ne peut pas affronter seule cette situation », a déclaré, exaspéré, le président français Emmanuel Macron. La chancelière allemande sortante – Angela Merkel – a qualifié ce qui se passe en Afghanistan d’amer, de dramatique et de terrifiant. Armin Lachet – le nouveau leader du parti de Merkel – déplorant la situation, a dit « il ne faut pas que 2015 se répète », a qualifié ce qui se passe de « pire débâcle qu’ait connu l’OTAN depuis sa fondation » et de « changement révolutionnaire ».

Une faiblesse provocante

À mesure que les Alliés recalibrent leurs opinions sur la volonté politique américaine, les conséquences du retrait bâclé d’Afghanistan pourraient bien se faire sentir pendant des années – voire des décennies – pour les pays affrontant des invasions virtuelles de réfugiés. Pour d’autres pays, affrontant des invasions réelles, le parapluie américain ne semble plus efficace.

Comme l’a écrit l’éditorialiste du New York Times Bret Stephens, « Tout ennemi va tirer la leçon que les États-Unis sont une puissance inepte » et « tous les Alliés – Taïwan, l’Ukraine, les États baltes, Israël, le Japon – vont en conclure qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes ».

D’autres observateurs internationaux sont plus directs : Le président Biden « va être mis à l’épreuve par les Russes ou les Chinois, pour savoir s’il osera réagir […] À l’heure qu’il est, la crédibilité américaine n’est pas garantie », a déclaré François Heisbourg – un conseiller principal pour l’Europe à l’Institut International d’Études Stratégiques.

Quel sera le premier test ?

Les États baltes se demandent peut-être comment les Américains vont réagir à l’invocation de l’article 5 en cas d’attaque russe. L’influence décroissante de l’Amérique au Moyen-Orient projette une ombre sur toute la région. Israël et les nations à majorité sunnite vont miser sur l’avenir mais ils n’ont guère envie de se lancer dans des entreprises diplomatiques musclées. Les jihadistes se targueront de convoquer les États-Unis du « cimetière des empires », et l’Iran – sentant une faiblesse – s’enhardira.

Le Wall Street Journal a noté que « le chaos en Afghanistan a secoué les Alliés […] en Asie, eux qui comptent sur le soutien de Washington pour contrer la puissance croissante de la Chine et d’une Corée du Nord belligérante ». Beijing s’est vu offrir une propagande avantageuse, et les médias chinois ont immédiatement misé sur la crise. Quelques heures seulement après la chute de Kaboul, les Chinois ont commencé à publier hautement la supposée faiblesse de l’Amérique et à défier Taïwan par des menaces d’invasion. Le Global Times du parti communiste a écrit : « Si les États-Unis ne sont même pas capables de s’assurer une victoire dans une rivalité avec des petits pays, que pourraient-ils faire de mieux dans un jeu de pouvoir avec la Chine ? »

Ce que révèle l’histoire

L’économiste politique éminent Francis Fukuyama a fait remarquer que cette retraite humiliante « évoque un tournant majeur dans l’histoire universelle, à un moment où l’Amérique s’est détournée du monde », mais il a aussi calculé que « la fin de l’ère américaine a eu lieu bien plus tôt » et que « les raisons à long terme de la faiblesse et du déclin de l’Amérique sont plus domestiques qu’internationales […] la mesure de son influence va dépendre de son aptitude à résoudre ses problèmes domestiques, plutôt que sa politique étrangère ».

Rares sont les observateurs qui peuvent reconnaître l’état d’une nation à travers la lentille de l’histoire et comprendre le caractère de cause à effet inhérent à la fragilité et à l’instabilité capables de faire chuter même les nations les plus puissantes. À une époque où même les professeurs d’histoire des universités sont prompts à tirer des leçons détaillées de l’histoire, il n’est pas surprenant que des populations entières ne puissent constater qu’une nation court un grave danger.

Bien qu’historiquement nous ne tirions jamais les leçons du passé, quelques historiens ont étudié les grandes nations et les grands empires du passé et ont remarqué plusieurs parallèles notoires. Ils nous offrent de précieuses leçons.

Arnold Toynbee, auteur de A Study of History (1961) a averti que « sur les 22 civilisations qui ont paru dans l’histoire, 19 d’entre elles se sont écroulées quand elles ont atteint l’état moral dans lequel se trouvent à présent les États-Unis ». Imaginez ce qu’il écrirait aujourd’hui, six décennies plus tard !

La longévité des empires

Dans la tradition de « L’histoire du déclin et de la chute de l’empire romain » par Edward Gibbon, Sir John Glubb a aussi étudié le cycle de vie des empires. Ce soldat britannique du 20e siècle, auteur érudit, a étudié et découvert des modèles, ou des stades, qui gouvernent l’apparition et le déclin des grands empires de l’histoire comme les empires romain, ottoman et même perse.

Dans son ouvrage The Fate of Empires and Search for Survival (1976), il résume comment les empires suivent un modèle particulier à mesure qu’ils s’étendent, se développent, déclinent, et finissent par s’écrouler. Il résume, dans les grandes lignes, les séquences de développement des empires en phases ou ères successives comme celle des pionniers, celle des conquêtes, celle du commerce, celle de l’affluence, celle de l’intellect, celle de la décadence, celle du déclin et celle de l’écroulement.

Une découverte étonnante était que la durée moyenne de la grandeur d’une nation ou d’un empire est de 250 ans. « Cette moyenne, écrit-il, n’a pas changé pendant 3000 ans ». Au cours des trois derniers millénaires, toutes les grandes nations ou empires se sont égarés au bout de 250 ans, en moyenne, ne disparaissant pas nécessairement dans ce laps de temps mais se retrouvant dans un état bien moins dynamique et nettement moins influent, ne retrouvant jamais leur grandeur passée.

Ce jalon revêt une signification accrue pour les États-Unis qui s’apprêtent à célébrer le 250e anniversaire de la signature, en 1776, de leur Déclaration d’Indépendance. L’histoire des grands États se ressemble étonnamment. Tous les empires débutent par une explosion d’énergie de la part d’individus pauvres mais robustes et agités qui ont un sens de moralité et de vertus communes. À mesure que les effets corrosifs de la réussite matérielle se font sentir et se mettent à miner l’importance du caractère, des vertus – comme le sens du sacrifice et de la discipline qui avaient conduit à leur création – la prospérité devient plus importante.

Après avoir atteint leur zénith, une ère de décadence amorce la dérive finale vers l’écroulement. La décadence qui – d’après Glubb – est « un mal moral et spirituel résultant d’une trop longue période de prospérité et de puissance » produit leur chute. « N’étant pas convaincus que quoi que ce soit dans la vie mérite d’être conservé », ils finissent par pourrir du dedans avant d’être conquis du dehors ou de s’écrouler sous le poids de leur auto-indulgence, de leurs dettes, estimant que tout leur est dû, à cause de leur cupidité, de leur frivolité et de leur envie.

Les leçons du passé

On peut lire dans le livre de l’Ecclésiaste, dans l’Ancien Testament, que « ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil » (1:9). Il en a été de même pour les grands empires du passé. Ils ont tous eu une période brève de proéminence, mais aucun d’eux n’a tiré les leçons des puissances qui les avaient précédés. Tous s’engagent dans le même cycle, finissant par décliner et disparaître.

Le Créateur Dieu, l’ultime maître de l’histoire et des évènements futurs, juge les nations et les individus pour leurs péchés (Daniel 4:34-35). Dieu, qui est patient, laisse du temps s’écouler avant que l’iniquité atteigne « son comble » (Genèse 15:16 ; Daniel 5 ; Jérémie 30:7).

La décadence actuelle

L’ancien Israël eut l’unique avantage d’être membre d’une alliance avec Dieu. Néanmoins, le Tout-Puissant avertit son peuple qu’il succomberait à ses penchants humains et cesserait de l’adorer s’il devenait matériellement repu après être entré dans la Terre Promise (Deutéronome 6:11-12 ; 8:11-20 ; 31:20). À mesure qu’Israël négligea l’Éternel, un cycle continuel de péchés et d’infidélité à ses lois sapa la force de la nation et finit par provoquer la division, la captivité et l’exil (Osée 7:8-12).

L’Amérique d’aujourd’hui, bien que matériellement bénie, fait – elle aussi – bien peu de choses de nature à plaire à Dieu. Il y a longtemps que la nation la plus riche dans l’histoire du monde – les États-Unis – a oublié Dieu et les bénédictions qu’il a déversées sur les descendants d’Abraham. À présent, l’Amérique est devenue une fontaine de péchés, « rendant conventionnel, écrit l’auteur de America’s Expiration Date, Cal Thomas, ce qui passait jadis pour aberrant et des relations repoussantes […] diverses autres corruptions de la masculinité et de la féminité […] cohabitation ; ruptures conjugales ; violations éthiques dans les affaires et le gouvernement ; une grossièreté et une corrosion de culture qui inclut – sans se limiter à – l’industrie pornographique qui rapporte des milliards ; et l’abandon d’un standard par lequel on définissait jadis le bien et le mal ».

Un appel au repentir

La Bible décrit la fin de l’ère présente comme étant caractérisée par un état avancé de décadence culturelle, comme le prouve son manque de maitrise de soi, sa quête de plaisir et sa haine de ce qui est bien (2 Timothée 3:1-4). En fait l’apôtre Paul a écrit, à propos de ceux de cette génération méchante et adultère, qu’ils sont « ingénieux au mal » (Romains 1:30 ; version Segond NEG) ou « inventeurs de méchancetés » (version Ostervald).

Dieu appelle les nations et les individus à s’humilier, à se repentir et se tourner vers lui (Joël 2:12-17 ; 2 Chroniques 7:14 ; Jérémie 18:7-8). Bien qu’il ne semble pas que les nations soient disposées à le faire, nous pouvons, individuellement, répondre à son appel (lire à cet effet notre article Comment se repentir).

Les États-Unis, et tout l’occident, sont engagés dans une période tumultueuse de grandes révolutions sociales, culturelles et morales qui font partie des évènements prophétisés il y a longtemps dans la Bible (Nous vous invitons à en savoir davantage à ce sujet en lissant notre brochure gratuite Une clé essentielle dans les prophéties bibliques).