Rester poli dans un monde impoli

La vulgarité et la dureté dans lesquelles le monde sombre de plus en plus sont de mauvais augure. Que révèle cette épidémie, et comment Dieu veut-Il que nous traitions les autres ?

Ces deux dernières décennies,  les sociologues, les commentateurs, les représentants officiels et autres observateurs n’ont cessé de nous dire que les bonnes manières se font de plus en plus rares, de nos jours. Une multitude de livres, d’articles et de reportages sont produits, traitant de cette « épidémie d’impolitesse ». Diverses enquêtes effectuées dans le monde révèlent que l’impolitesse, la vulgarité, la rage au volant et les comportements analogues sont à leur niveau le plus élevé.

Sans doute en avez-vous été victimes.

Il peut s’agir du conducteur qui – à la station essence – trouve que vous mettez trop de temps à faire le plein, qui fait un geste obscène dans votre direction et profère des jurons.

Peut-être que sur une route inconnue de vous, après avoir actionné votre clignotant, vous vous apercevez que celle-ci rétrécit brusquement, et que le conducteur à votre gauche refuse de vous laisser rejoindre sa file.

Dans un magasin bondé, un client vous lance, irrité, un de ces « Pardon ! » d’un ton qui veut dire : « Écartez-vous ! »

Après avoir fait le tour de l’ère de stationnement plusieurs fois, vous voyez une auto qui s’en va et vous apprêtez à vous garer à sa place, quand quelqu’un s’empresse de vous la prendre en vous ignorant totalement.

Ce genre d’exemples ne manque pas. Partout autour de nous, à tous les niveaux dans notre vie moderne, nous constatons que les gens sont de moins en moins polis. Mais qu’entendons-nous, au juste, par politesse ?  D’après linternaute.com, il s’agit de l’« ensemble des règles de courtoisie, des usages sociaux entre personnes […] des « bonnes manières, comportements respectueux régissant la façon d’agir et de parler ».

Être rude, impoli et insensible est le contraire de la civilité.

Ses ramifications

De prime abord, la plupart des marques d’impolitesse peuvent passer pour anodines. Néanmoins, ces infractions relativement mineures importent. Ces attitudes, qui  sont à l’origine de tous les incidents quotidiens d’impolitesse, peuvent conduire à des incidents plus graves comme ceux dont on entend parler dans les nouvelles – où les gens deviennent violents dans les aéroports, dans les centres d’achats, les écoles, les bâtiments municipaux, etc., parce que les choses ne se passent pas comme ils le veulent.

Les bonnes manières et la civilité sont essentielles dans toute communauté stable, solide et harmonieuse. Quand les citoyens se soucient des autres, non seulement leurs relations s’améliorent, mais la société, dans son ensemble, s’en porte bien mieux.

Les historiens font remarquer que l’incivilité a été la cause du déclin de pratiquement toutes les grandes civilisations. Dans son œuvre classique sur l’histoire du déclin et de la chute de l’empire romain, Edward Gibbon attribue l’écroulement de Rome à la perte progressive des vertus civiques chez ses citoyens. Cette remarque est tout aussi valable aujourd’hui.

Edward Wortley-Montagu, un autre auteur du 18e siècle, fait remarquer, dans De la Naissance et de la chute des anciennes républiquess, que la raison principale du déclin des empires grec et romain était une « dégénérescence des [bonnes] manières, qui réduisit ceux qui étaient auparavant braves et libres à des gens [vivant] dans l’esclavage le plus abjecte ».

Quand toute civilité disparaît, la civilisation se met à se fragmenter.  Le Pr P.M. Forni, de Johns Hopkins, avertit dans son best seller de 2009 – La politesse SVP – que l’impolitesse dégénère souvent en violence. Un exemple qu’il donne est celui, typique, du conducteur enragé qui débute par quelqu’un qui s’offusque d’être lésé. Quand un comportement désordonné se rencontre de plus en plus souvent, il risque tout compte fait de détruire une société.

L’incivilité nous stresse et peut avoir un impact négatif sur nos vies. « L’impolitesse sape nos défenses mentales, nous rendant vulnérables au doute et à l’anxiété », nous dit Forni. Plusieurs recherches révèlent que le stress chronique lié à l’impolitesse peut contribuer à la dépression, à l’embonpoint, aux ennuis digestifs, à l’insomnie et même à la maladie de cœur.

Des signes des temps

Aussi démoralisante que  soit cette épidémie d’incivilité, elle a été prédite il y a longtemps, dans la Bible. Dans 2 Timothée 3:1-4, Paul écrit : « Sache que, dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles. Car les hommes seront égoïstes, amis de l’argent, fanfarons, hautains, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux, insensibles, déloyaux, calomniateurs, intempérants, cruels, ennemis des gens de bien, traîtres, emportés, enflés d’orgueil, aimant le plaisir plus que Dieu ».

Les courants sociaux ont préparé la voie pour ces comportements. L’une de ces tendances est liée à l’acceptation de ces comportements par la société, et elle ne constitue plus un motivateur aussi puissant que par le passé. Nous ne vivons plus dans un monde où pratiquement tous les gens, dans une communauté, se connaissent. De nos jours, on habite dans des cités et l’on ne connait pas bon nombre de ses voisins et des gens que l’on rencontre dans les lieux publics. Vivant au milieu d’étrangers, nous ne nous soucions plus beaucoup de ce que les autres pensent et nous n’essayons même plus d’être courtois avec eux, d’avis que nous ne les reverrons probablement plus. C’est pourquoi si un passager, dans un bus, gêne les autres en haussant le volume de sa musique, il y a de fortes chances pour qu’ait lieu une confrontation. L’anonymat facilite l’incivilité.

Une autre tendance courante dans notre société : l’accent placé sur le « Moi ». Bien que les êtres humains aient toujours eu tendance à d’abord penser à eux-mêmes, de nombreuses enquêtes ont révélé que notre culture nous pousse de plus en plus à littéralement nous rendre un culte.

On voit des signes de cela un peu partout. On se met souvent en valeur sur les médias sociaux, l’industrie des cosmétiques est florissante, et l’on est de plus en plus matérialiste.

Dans La politesse SVP, Forni écrit que quand le « Moi » est roi, « nous ne sommes guère enclins à être courtois et bienveillants. De plus, quand la vie ne nous accorde pas les privilèges que nous attendons – vu la haute opinion que nous avons de nous-mêmes – il y a de fortes chances pour que nous devenions frustrés et irrités et que des badauds innocents en fassent les frais ».

Le blâme peut aussi être attribué aux longues heures de travail qu’ont les gens, qui sont de ce fait encore plus occupés et, de ce fait, encore plus stressés. Toutes ces pressions et l’anxiété peuvent nous rendre moins tolérants d’autrui.

Dans son livre paru en 2002 et intitulé Choosing Civility, Forni écrit : « Une personne stressée, fatiguée ou en détresse est moins disposée à être patiente et tolérante, à réfléchir avant d’agir et à se soucier des besoins des autres ; elle a plutôt tendance à être rude ». Cela crée souvent un cercle vicieux. Comme nous sommes rudes avec les autres, nous avons tendance à nous sentir plus stressés, ce qui engendre du même coup une plus grande agressivité, qui nous stresse alors davantage, et ainsi de suite.

Les contrepoisons de l’incivilité

La bonne nouvelle, c’est que prochainement Christ va revenir sur terre et le Royaume de Dieu va être établi. À ce moment-là, la courtoisie, la bienveillance et le respect deviendront la norme. Entre-temps, nous devons être courtois dans nos rapports les uns avec les autres, même s’ils ne font pas preuve de civilité.

L’enseignement de Jésus, dans Matthieu 7:12, est souvent décrit comme « la règle d’or ». Elle dit : «Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes». Dans Matthieu 5:44, Jésus nous dit : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent ».

« Dieu est patient avec nous quand nous ne nous montrons pas à la hauteur ; si nous voulons être Ses enfants, nous devons nous efforcer de nous traiter les uns les autres avec la même bienveillance, déclare Joël Meeker, ministre de l’Eglise de Dieu Association Mondiale et directeur des régions francophones. Cela veut dire que nous devons « laisser tomber » et renoncer à la colère et à l’envie de rendre la pareille quand les gens sont rudes avec nous ».

« Il est vrai, poursuit-il, que nous vivons dans un monde de plus en plus en colère ; que nous rencontrons de plus en plus de gens qui refusent d’être raisonnables et cherchent les confrontations et à être méchants. Dans ces moments, il se peut que nous ne soyons pas en mesure d’obtenir la paix, mais la Bible nous dit de faire de notre mieux ». Il est écrit, dans Romains 12:18, « S’il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes ».

Reconnaitre et demander pardon pour notre incivilité

Évidemment, il faut bien dire que ce n’est pas toujours l’autre qui fait preuve d’un comportement rude. Nous nous souvenons probablement tous de moments où nous n’avons pas traité les autres comme nous l’aurions dû. Quand cela se produit, nous devrions être disposés à revenir sur nos pas et à nous excuser, dit Ralph Levy, ministre de l’Église de Dieu et professeur à l’Institut du Fondement. «Cela ne nous rapetisse pas aux yeux des autres ; au contraire, cela nous élève généralement aux yeux d’autrui, Nous devenons des personnes dont l’Égo ne les empêche pas de s’excuser quand elles se méprennent dans telle ou telle situation et ne se montrent pas à la hauteur dans leurs rapports avec autrui».

Estimer autrui, l’humilité et la reconnaissance

Il est bon de débuter chaque jour par une prière, demandant à Dieu de nous guider dans la journée et de nous aider à nous soucier des autres plus que de nous-mêmes. Paul, dans Philippiens 2:3-4, nous dit : « Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l’humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres ».

« Ce passage nous dit d’agir avec humilité, de traiter les autres comme s’ils étaient plus importants que nous, explique M. Meeker. Si un président ou un roi était rude à notre égard, nous encaisserions probablement son incivilité par respect pour sa position. C’est ainsi que nous devrions traiter notre prochain ».

« Une attitude de gratitude, s’accompagnant de remerciements envers les autres, accomplit énormément pour nous rappeler que nous sommes bien plus bénis que nous le méritons, dit David Johnson, un pasteur de l’Église de Dieu et professeur à l’Institut du Fondement. Au lieu de nous sentir continuellement lésés, nous sommes reconnaissants. La gratitude modifie notre façon de penser et d’agir envers les autres. Il est difficile d’être désagréable envers quelqu’un tout en lui étant reconnaissant. Être courtois sous-entend qu’on ressent et qu’on exprime sa gratitude envers quelque chose ou quelqu’un ».

Il ne fait aucun doute que nous vivons des temps difficiles. Partout autour de nous, nous voyons des gens rudes, égoïstes, indifférents et insensibles. L’ultime contrepoison, bien entendu, est le fruit du Saint-Esprit dont il est question dans Galates 5:22, et qui comprend « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi ». Si nous sommes réellement disciples de Christ, ce sont là les qualités pour lesquelles nous devrions – et devons – être connus.