À ne pas dire !

Il y a cinq questions que nous devons nous poser avant de dire quoi que ce soit à quelqu’un.

Comme écrivaine, je passe énormément de temps à vérifier, à éditer et à peser mes mots. Je tiens à m’assurer que ce que j’écris est utile et sera bien reçu.
 
Mais j’ai remarqué que les communications orales peuvent poser de plus grands défis. Il est facile de s’emporter, puis de se rendre compte, après coup, qu’il eut été préférable de ne rien dire, qu’on a fait preuve d’indifférence et que ses propos ont blessé. 
 
Hélas, pour ce qui est des conversations, on ne peut effacer ce qu’on a dit. Ce qui est dit est dit. Nous ne pouvons pas y revenir, même si nous le souhaitons sincèrement.
 
La Bible décrit la langue folle comme « un mal qu’on ne peut réprimer ; elle est pleine d’un venin mortel » (Jacques 3:5, 8). Les paroles imprudentes  laissent des cicatrices dans les relations, et affectent négativement des vies.  Nous nous plaçons dans toutes sortes de situations délicates, parce que nous ne réfléchissons pas avant de parler. Or, si nous tournions notre langue sept fois dans notre bouche avant de parler, cela nous éviterait bien des problèmes. Nous devrions au moins mesurer nos propos pour les rendre plus faciles à recevoir. Il est même possible que nous nous ravisions à y réfléchir.
 
Certes, nous pouvons améliorer la situation, dans bien des cas, non par ce que nous disons, mais par ce que nous nous abstenons de dire. Je me suis aperçu que si je me pose les cinq questions suivantes avant de me mettre à parler, cela m’aide à tenir ma langue en bride.
 

Nous nous rappelons quasiment tous d’une occasion où nous nous sommes mis en colère à la suite de quelque chose qu’on nous avait supposément dit ou fait, et où nous avons découvert, par la suite, que nous nous étions totalement mépris.

Il y a quelque temps, Francine (un pseudonyme) avait promis de m’aider avec un projet sur lequel je travaillais. Après notre rencontre initiale, nous avions élaboré un plan et étions prêtes à l’exécuter.  

Dans la semaine qui suivit, affairée audit projet, je n’eus pas le moindre appel de Francine. Je me demandais comment elle se débrouillait, de son côté. J’avais essayé de la joindre au téléphone plusieurs fois, mais elle n’avait pas décroché. Je lui avais envoyé des messages vocaux et des méls, mais elle n’avait pas répondu. Il était évident, pour moi, qu’elle ne s’intéressait pas à ce projet, et j’étais irritée.

Plusieurs jours s’écoulèrent, et j’appelai Francine une autre fois. Cette fois, elle décrocha. Je me mis immédiatement à la sermonner sur l’importance d’honorer ses promesses. Francine m’interrompit net, m’apprenant que sa mère venait de décéder. Que je souhaitais avoir donné à Francine quelques instants pour m’expliquer ce qui s’était produit dans sa vie, avant de me mettre à parler !

Ne l’oubliez jamais ; il se peut que quelques détails vous échappent et qu’ils pourraient brosser un tout autre tableau. Se peut-il qu’il se passe quelque chose dont vous n’êtes pas conscient ? Il y a des chances pour que ce soit le cas si votre évaluation de la situation s’appuie sur des suppositions ou sur ce qu’on vous a dit.

S’il est possible que vous n’ayez pas certaines informations-clés, ne dites rien. Quand vous confrontez quelqu’un, permettez-lui de vous exposer son point de vue avant de tirer des conclusions hâtives. Il n’y a rien de plus destructeur et de plus gênant que s’emporter pour quelque chose et de découvrir que vous avez répété quelque chose qui n’était pas vrai ou que vous vous êtes irrité pour rien.

Évidemment, si ce que vous pensez ou dites est vrai, cela ne veut pas dire qu’il faille que ce soit dit.

Imaginez : Votre conjointe ignore que vous avez des doutes sur le potentiel d’une affaire dont elle vous a parlé, dans laquelle elle s’engage, et qui tombe à l’eau. Même si vous aviez raison d’émettre des doutes, il ne serait guère utile de lui dire : « Je te l’avais dit ! » ou « Tu aurais dû m’écouter ! » Ces propos sont l’équivalent verbal de l’adjonction de sel sur une blessure. Les dire ne peut qu’aggraver la situation.

Réfléchissez au conseil suivant : « Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise, mais, s’il y a lieu, quelque bonne parole, qui serve à l’édification et communique une grâce à ceux qui l’entendent » (Éphésiens 4:29).

Il n’est certes pas avisé de se joindre à une discussion, au bureau, sur les dernières bévues d’un collègue. Le plat que vous consommez a beau être le pire plat que vous ayez goûté, cela ne veut pas dire que vous devez vous en prendre à la serveuse. Vous avez dû attendre deux heures de plus à l’aéroport, à cause du retard du vol de votre ami ? Lui dire à quel point il était ennuyeux d’attendre ne fera que le mettre mal à l’aise.

Avant d’ouvrir la bouche, demandez-vous ce que vous essayez d’accomplir. Dire quelque chose va-t-il améliorer la situation ou aggraver le problème ? À qui cela sera-t-il profitable ?

Si vous pensez que vos propos vont aider quelqu’un ou améliorer la situation, parler est probablement une bonne idée. Sinon, ne dites rien.

Quelqu’un a peut-être besoin d’entendre ce que vous avez à dire, mais le matraquer de critiques n’accomplira rien. 

Je connaissais quelqu’un qui se targuait d’être « franc » à propos des problèmes des gens. Elle n’éprouvait aucun scrupule à critiquer qui que ce soit pour ses torts. Son approche était souvent inutilement agressive, sévère et critique. Elle ne permettait pas aux gens de s’expliquer et avait tendance à leur imputer les pires motifs. Je me suis souvent demandé si elle se souciait réellement des gens qu’elle confrontait, ou si elle essayait simplement de ventiler ses propres frustrations.

Il est bien plus efficace de dire la vérité avec amour. Si nous devons aborder un problème avec une personne, ce que nous disons devrait être dit gentiment et avec humilité. Pour qu’une critique soit constructive et efficace, il importe que nous fassions preuve de sincérité et de bienveillance. Si vous assumez le rôle d’une boule de démolition, sans vous soucier de ce que les gens ressentent, vos commentaires seront pris pour des attaques personnelles.

Avant d’ouvrir la bouche, demandez-vous : « Est-ce ainsi que je souhaiterais qu’on m’approche ? Sinon, revoyez votre approche. Si vous êtes trop en colère pour faire preuve de gentillesse,  abstenez-vous de dire quoi que ce soit.

Il nous arrive souvent de soulever un problème quand ce devrait être quelqu’un d’autre qui s’en charge. Je travaillais jadis avec une femme qui raffolait de me dire ce qu’elle avait entendu les autres dire à mon sujet. Elle disait des choses comme…

« Michelle pense que tu t’habilles vieux-jeux ».

« Susanne trouve que ton rire sonne bizarre ».

« Alex pense que toi et ton mari, vous êtes incompatibles ».

Ces commentaires  me blessaient. Disait-on réellement ces choses à mon sujet ? Dans l’affirmative, pourquoi ne me les disait-on pas de face ?

J’ai adopté la règle personnelle suivante : Quand on se plaint de l’un de mes amis, je ne le répète pas. Si ce que la personne me dit semble contenir une part de vérité, je lui suggère d’en parler directement avec  mon ami. Si la critique est simplement une opinion de plus, une preuve de froideur, ou de l’ignorance à propos de la personne visée ou de la situation mentionnée, mon ami n’a pas besoin de l’entendre.

Le roi Salomon, qui était sage, disait « Combien est agréable une parole dite à propos ! » (Proverbes 15:23). Il est possible de dire quelque chose fort « à propos », mais au mauvais moment.

Trois heures après que votre ami ait été gravement blessé dans un accident automobile n’est pas le meilleur moment de lui dire qu’il conduit mal. Le moment où vous découvrez qu’on s’est servi frauduleusement de la carte de crédit de votre épouse n’est pas le meilleur moment pour lui dire comment éviter de se faire voler son identité. Le moment où votre ami vous appelle pour vous dire qu’on l’a congédié, à son travail, n’est pas le moment opportun pour lui dire pourquoi, à votre avis, son patron ne l’aimait pas.

Dans la plupart des cas, le mieux à faire, quand un ami ou un membre de sa famille souffre, est de garder le silence. Quand les gens sont contrariés par une situation difficile, ils ont généralement besoin qu’on se contente de les écouter. Vous en parler leur permet de faire le ménage dans leurs idées et de trouver leur propre solution au dit problème. Si vous leur dites que vous vous y seriez pris autrement si vous étiez à leur place, ou si vous les corrigez au mauvais moment, vous ne ferez qu’aggraver leur douleur. Donnez à l’autre le temps de se remettre de sa blessure et du choc initial, avant de partager votre point de vue sur ce qui s’est passé.

Il importe de choisir le bon moment. S’il y a peu de chance que vos paroles soient entendues, mieux vaut attendre le moment opportun.  Évidemment, il y aura des cas où vous devrez vous prononcer au milieu d’une situation tendue, où vos propos ne seront pas nécessairement appréciés sur le moment (pour –par exemple – empêcher quelqu’un d’agir sans réfléchir et de commettre une grave erreur). En général, il est préférable d’attendre et de dire à l’autre ce que vous pensez, après qu’il se soit calmé.

Prenez le temps de réfléchir à l’impact que vos paroles auront probablement sur autrui, avant de dire quoi que ce soit. Certes, il n’est pas toujours possible de le faire comme c’est le cas quand vous écrivez un mot. Néanmoins, réfléchir quelques instants à ce que vous voulez dire peut faire en sorte que ce soit constructif. Si vous ne pouvez pas répondre « oui ! » à chacune de ces questions,  sans doute est-il préférable que vous ne disiez rien.

Nous vous proposons la lecture de nos articles « La maîtrise de la langue », et « Dire la vérité dans l’amour ».