Face à l’addiction

Les rouages de notre cerveau, et les tentations de la société, nous rendent vulnérables. Il est facile de se créer certaines dépendances. Nous devons néanmoins nous soustraire à ces habitudes destructives puissantes.

On va parler de l’addiction ! Et vivement qu’elle soit éliminée !

Addiction

Voilà un mot qui revêt des sens divers et peut évoquer certains défis, en fonction de nos expériences. En blaguant, untel vous dit, par exemple, qu’il ne peut se passer de son camembert, de son émission favorite ou de son café quotidien. Ce scénario plutôt inoffensif peut néanmoins éclipser la nature fâcheuse et misérable des vraies addictions qui, elles, provoquent de graves dégâts dans la vie de ceux qui en souffrent et qui sont littéralement piégés.

Piégés effectivement ! Ceux qui ont fait le premier pas pour éliminer une addiction, afin d’en guérir, reconnaissant leur problème, s’estiment souvent être esclaves d’un maître cruel. Ils veulent être libérés. Ils veulent que leur vie redevienne normale, ne plus dépendre d’une substance ou d’une habitude pour être heureux. Mais ils ne peuvent s’en passer.

Les exemples les plus courants sont les addictions aux narcotiques, aux opioïdes et aux analgésiques, qui mènent souvent à des séjours dans des centres de rééducation, à d’intenses programmes de désintoxication en clinique, dans l’espoir de maîtriser à nouveau sa situation. Néanmoins, les occasions auxquelles on devrait simplement dire « non ! » ont – ces dernières années – pratiquement décuplées. Et il n’y a pas non plus que les drogues qui affectent notre psychisme.

On souffre d’une addiction quand on se comporte comme suit:

  • Quand on préfère la consommation de substances psychotropes à des rapports humains.
  • Quand on efface son historique sur Internet afin de se débarrasser des traces des visites de sites pornographiques et de bavardoires érotiques.
  • Quand on sort pour fumer et qu’on vaporise un désodorisant ou prend un rince-bouche pour ne pas que cela se sache.
  • Quand on essaie, les yeux hagards, d’expliquer à un être cher pourquoi on a perdu une somme folle, au jeu.
  • Quand on se déplace avec peine pour aller travailler après avoir passé toute la nuit à jouer à des jeux vidéos.
  • Quand un verre d’alcool vient s’ajouter à un autre, puis un autre, puis dix, et qu’à chaque fois l’on estime « toucher les bas-fonds ».

L’addiction apprivoise généralement petit-à-petit sa victime et la pousse à adopter progressivement un comportement destructif, non sans lui donner l’illusion que c’est aléatoire, jusqu’à ce que cela devienne une habitude à laquelle elle ne parvient plus à résister. Avec l’addiction, notre cerveau se retourne contre nous, et nous laissons faire.

La mémoire des raccourcis du plaisir et les sécrétions de l’addiction

Les données de base scientifiques de l’addiction sont largement traitées dans des ouvrages et sur des sites s’y consacrant. En résumé, voici ce qu’on y découvre :

L’addiction trompe nos cerveaux, les convainquant que nous nous sentons bien, puis elle nous rend esclaves de cette illusion. Nous nous livrons à une activité (comme la pornographie, ou la consommation de drogue, ou un comportement à haut risque, en public) et nos cerveaux s’imbibent de neurotransmetteurs de plaisir comme la dopamine. Une telle obtention de plaisir, dans ces situations, est créée si facilement et fonctionne si bien que nos cerveaux se souviennent de la facilité avec laquelle cela s’est produit, et dans quelles conditions. Par conséquent, quand une situation analogue se présente, nos cerveaux s’empressent de nous rappeler avec quelle facilité nous pouvons éprouver ce plaisir, et nous donnent envie de le ressentir de nouveau.

Tout peut sembler formidable, à ce stade, mais l’afflux de dopamine dans nos cerveaux, et l’effet des récepteurs neurotransmetteurs obligent en fait ceux-ci à se modifier afin de s’adapter à ladite situation. Ou bien ils réduisent le flot de dopamine, ou bien ils réduisent les récepteurs de dopamine.

À tel point que regarder de la pornographie une fois par mois ne suffit plus ; ou l’ébriété produite par deux verres d’alcool ne suffit plus ; ou parier €100 en ligne ne suffit plus. Cela suffisait, au début, mais notre cerveau s’adapte si facilement à un afflux si artificiel de plaisir dans nos neurotransmetteurs qu’il se met à réclamer davantage.

Ce processus peut atteindre une telle extrême qu’un plaisir naturel (comme un simple rapport sexuel avec un conjoint, ou même consommer un délicieux gâteau au chocolat) peut ne plus avoir d’effet. La seule chose que nos corps vont vouloir est la gratification artificielle produite par la nouvelle habitude adoptée.

  • L’adonné nie : « C’est une sale habitude, mais je me maîtrise. Un jour, j’arrêterai ! »
  • On a honte : « Je suis chrétien. Comment se fait-il que je souffre d’une telle addiction ? »
  • On est mal à l’aise : « Je ne peux pas en parler à ma femme. Je n’arrive pas à me maîtriser ! »
  • On a peur : « Les gens sont si critiques. Si cela se sait, tout ce que j’ai partira en fumée ! »
  • On est déprimé : « Je n’ai pas la force. Je n’arriverai jamais à me défaire de cette habitude ! ».
  • On accepte un renforcement : « C’est tellement bon ; je ne puis m’en empêcher ! »

Après s’être adapté de manière répétitive, il arrive un moment où le simple fait de penser à la substance ou à l’activité pour laquelle on a créé une dépendance provoque une envie irrésistible (une « vague », pour reprendre le terme souvent employé par les victimes). Nous devenons tellement surexcités que cela nous pousse à faire tout notre possible pour recréer le plaisir intense que nous nous souvenons avoir éprouvé.

Les drogués de porn recherchent des scènes ou des pratiques de plus en plus crues et de plus en plus bizarres et ne se satisfont plus de l’ordinaire. Les parieurs misent toutes leurs économies, ne se contentant plus de ne jouer que de petites sommes. Les fumeurs se mettent à fumer plusieurs paquets de cigarettes par jour. Les drogués font des overdoses. Les esclaves des jeux vidéos repoussent leurs proches.

C’était pourtant si inoffensif, au départ !

Les obstacles à la prise de conscience

Avec toutes les informations disponibles sur l’addiction, comment se fait-il que tant de gens cherchent conseil à ce propos ? Pourquoi les cliniques de réadaptation sont-elles pleines ? Pourquoi y a-t-il de plus en plus de drogués de toutes sortes ? Et pourquoi le nombre de substances pour lesquelles on risque de créer une dépendance augmente-t-il ? Cela est dû à plusieurs facteurs – sociaux, culturels, et technologiques. Néanmoins, les obstacles empêchant les drogués de reconnaître leur addiction sont souvent si imposants que ces derniers ne recherchent souvent pas l’aide dont ils ont besoin.

En dépit de la nature insidieuse de l’addiction, et des nombreux obstacles se dressant pour les empêcher d’agir, bien des gens ont fini par se dire « Assez ! » En arriver là – reconnaître que l’on a un problème et vouloir changer – c’est atteindre une étape majeure dans la bonne direction. L’étape suivante est du ressort du Créateur du cerveau humain.

Commencez par le spirituel

Les centres et les programmes de traitement de l’addiction insistent souvent sur le besoin d’impliquer une force supérieure.

Accepter le fait qu’il n’est pas nécessaire que nous soyons seuls dans cette lutte aussi dure que celle contre l’addiction a de quoi nous aider considérablement.

Nous pouvons nous adresser au Dieu pour qui rien n’est impossible (Jérémie 32:27 ; Luc 1:37). Il est plus que disposé à nous aider, pourvu que nous nous tournions vers Lui.

Nous débutons donc par le spirituel. Nous nous repentons d’avoir offensé notre Père céleste. Nous avons accordé plus d’importance à une substance toxique ou à un comportement néfaste qu’à Lui et qu’au bien-être de quelqu’un qu’Il aime (nous).

Nous nous repentons des dégâts causés par notre addiction auprès de ceux qui nous sont chers, nous repentons de ne pas avoir été dignes de confiance, de notre fausseté, de notre infidélité, etc.

Nous prions le Dieu qui a créé notre cerveau de nous guérir de ce que nous avons permis à notre cerveau de devenir.

Nous demandons à Dieu de nous faire connaitre Son pouvoir – le Saint-Esprit – et de nous l’accorder (Éphésiens 3:16) afin que nous ayons la force de lutter contre les « vagues » de l’envie.

Nous étudions la Bible – parole vivante de Dieu (Hébreux 4:12) – afin de comprendre pourquoi Dieu hait les choses comme l’addiction – qui ruine la vie de tant de gens – et pour utiliser Son pouvoir pour les vaincre.

Ce n’est qu’un début. Si nous permettons à Dieu d’agir en nous, Il nous guidera vers la guérison.

Trouvez-vous un partenaire de lutte

Trop souvent, pour bien des gens, cette lutte ne concerne que « moi et Dieu ». Or, Dieu ne nous force pas à faire quoi que ce soit. Il nous laisse fauter, régresser, rechuter, et prendre de mauvaises décisions. L’une de ces mauvaises décisions serait de ne pas impliquer quelqu’un d’autre dans nos luttes.

Les chrétiens doivent être charitables et s’entraider, partager réciproquement leurs faiblesses et prier les uns pour les autres (Jacques 5:16). Vu le risque inhérent au stigma provoqué en faisant connaître à un autre humain un défaut qui nous fait honte, il est naturel de limiter le nombre de personnes étant au courant de notre faiblesse.

Néanmoins, quand on lutte contre des addictions puissantes et destructives, on a besoin de quelqu’un qui sache et qui soit notre allié. Dieu agit souvent en nous par l’intermédiaire d’autres êtres humains.

Nous avons besoin de quelqu’un de charitable, de compatissant, qui est miséricordieux et suffisamment humble pour que nous puissions lui faire confiance, quelqu’un qui sache garder un lourd secret. Quelqu’un qui ne va pas aggraver le problème.

Ce peut être un(e) conjoint(e), un pasteur, un(e) ami(e) intime ou un conseiller professionnel (certaines addictions sont médicalement dangereuses et exigent l’intervention d’un professionnel. Dans ces cas, il importe d’obtenir l’aide d’un spécialiste en plus d’avoir un(e) ami(e) intime pour nous aider).

Avant de demander à quelqu’un son aide dans ce genre de situation si personnelle et si privée, il importe de savoir quels sont ses « fruits » (Matthieu 7:16). Nul n’est parfait, les chrétiens y compris, mais les personnes qui ne peuvent pas garder un secret, qui critiquent les autres, qui sont incapables de se mettre à la place des autres et qui semblent ne jamais pouvoir évoquer leurs propres faiblesses ne sont assurément pas aptes à aider en pareil cas.

Les auditeurs attentifs, ceux qui cherchent à comprendre et ont de l’empathie pour les autres et ne craignent pas de parler de leurs propres défauts, cela existe. Ce sont ceux et celles qui peuvent aider, au lieu d’envenimer la situation, surtout en cas de rechute.

Ces partenaires dans notre lutte fournissent une autre conscience apte à nous encourager et à nous inciter à faire ce qui est juste ; ils sont en mesure de nous secourir quand nous sommes trop faibles. Ils éliminent l’aspect secret et l’isolement de l’addiction et nous aident dans nos moments de faiblesse. Ce sont des êtres humains dont Dieu Se sert pour nous aider à traverser la tempête.

Établissez des soutiens

Aidé de votre partenaire de lutte, vous pouvez ensuite établir des soutiens vous permettant de combattre la tromperie et les aspects alléchants de l’addiction. Voici quelques idées :

  • Choisissez des passages bibliques familiers à vous répéter quand la « vague » s’apprête à déferler.
  • Parlez à l’addiction en la personnifiant comme si c’était quelqu’un de haïssable.
  • Tenez un journal de vos succès et de vos rechutes, notant ce qui a déclenché ces situations et les stratégies donnant de bons résultats.
  • Parlez d’habitudes saines capables de remplacer l’addiction.

Pour des addictions particulières, l’implication du partenaire de lutte est nécessaire avec des soutiens, comme pour :

L’addiction à la pornographie : Demandez à votre partenaire d’installer les filtres nécessaires, protégés par ses mots de passe à lui (ou elle) et inconnus de vous, et de vérifier leur efficacité. Notez les moments où vous risquez le plus de rechuter comme étant ceux où il ou elle puisse vérifier ce que vous faites, soit par téléphone ou par messages.

La cigarette et l’alcool : Établissez, avec votre partenaire, des itinéraires permettant d’éviter les endroits où l’on vend ces choses. Partagez votre emploi du temps et vos cachettes avec lui (ou elle).

Les paris et les jeux vidéos : Permettez à votre partenaire de surveiller vos activités en ligne grâce à un logiciel ou à surveiller vos comptes et votre historique sur Internet.

En cas de rechute

Les rechutes, surtout dans les premiers mois, quand on cherche à se débarrasser d’une addiction, sont aussi inévitables que frustrantes. Une addiction qui dure depuis 10 ans ne disparaît pas du jour au lendemain. Il faut se battre. Imaginez le cerveau se disant : « Pourquoi cesses-tu de faire ce qui me fait tant plaisir ? Nous verrons bien qui des deux aura le dessus ! »

C’est dans de pareils moments qu’un partenaire de lutte est si précieux. Il peut nous aider dans les échecs et nous aider à garder le bon cap. Il nous incombe de nous repentir de toute rechute et de travailler avec Dieu et notre partenaire de lutte, pour pouvoir ensuite mieux lutter. Notre Père céleste Se souvient que nous sommes poussière (Psaumes 103:14), mais Il sait aussi que le juste se relève, à chaque fois (Proverbes 24:16).

Remplaçant le physique par le spirituel

Nous sommes une espèce gouvernée par ses habitudes. Si nous essayons de nous débarrasser d’une addiction, il va falloir remplacer le vide énorme du plaisir artificiel qui va nous manquer, par quelque chose d’autre.

Nous devons revenir aux plaisirs naturels, lesquels comprennent des rapports affectueux avec d’autres êtres, et des rapports étroits avec notre Créateur.

Surtout, ceux qui se remettent d’une addiction devraient prendre l’habitude d’aider leurs semblables comme ils ont été aidés. Redonner apporte quelque chose de bon, d’une situation qui était terrible ; cela permet à nos souffrances en tant que drogués, de ne pas avoir été vaines.

Christ est devenu l’exemple parfait pour tous ceux qui sont tentés, ayant Lui-même connu la tentation et en étant sorti sans pécher (Hébreux 2:18). Il compatit à nos faiblesses (4:15). Bien qu’Il puisse compatir avec chaque péché, nous pouvons, à un degré moindre, compatir avec d’autres en proie au désespoir de l’addiction. Nous pouvons leur montrer qu’il n’est pas nécessaire que cela demeure ainsi. Que cela peut changer, pour le meilleur.

Voilà comment combattre l’addiction

Libérez-vous. Reconnaissez que vous avez un problème, éliminez les obstacles vous empêchant de chercher de l’aide ; adressez-vous à Dieu, trouvez-vous un partenaire de lutte, trouvez-vous des soutiens et remplacez continuellement le physique par le spirituel.

Vous pouvez y parvenir. Avertissez votre addiction que vous ne pouvez plus la tolérer. Renseignez-vous sur les moyens de vaincre toute addiction.