Que tirer de la prière fervente de Daniel ?

Le 9e chapitre de Daniel contient l’une des prières les plus ferventes de la Bible. Quelles leçons tirer de sa confession et de son recours à la miséricorde divine ?

Le neuvième chapitre du livre de Daniel contient la prophétie bien connue des 70 semaines. Néanmoins, ce que bien des lecteurs négligent, dans leur empressement à étudier cette prophétie, c’est la prière émouvante du prophète précédant cette prophétie.

Daniel, qui – à ce moment-là – était un vieillard, adressa à Dieu l’une des prières les plus sincères et les plus émouvantes enregistrées dans la Bible. Quelles leçons pouvons-nous tirer de la manière dont cet homme de foi approcha l’Éternel Dieu ?

Se préparer d’abord, le sac et la cendre

Daniel ne sauta pas de son étude des écrits de Jérémie (Daniel 9:2) à sa prière. Il se prépara, avant de s’adresser au Dieu vivant, « en jeûnant et en prenant le sac et la cendre » (verset 3).

Quel genre de sac ? Il s’agissait d’un tissu bon marché, rugueux, fait de poils sombres de chameau ou de chèvre. C’était ce dont étaient habituellement vêtus les gens les plus pauvres, mais cela finit par devenir un symbole d’affliction et, ultérieurement, d’un douloureux repentir. La cendre dont on se couvrait accentuait encore ce symbolisme.

Le jeûne de Daniel

Le peuple de Dieu pratique le jeûne depuis des siècles, en tant qu’outil spirituel pour s’humilier devant son Créateur (Esdras 8:21 ; Psaume 35:13).

Dans l’esprit de l’homme moderne, le port d’un sac, se couvrir de cendre et jeûner peut paraître étrange, mais quand Daniel fit ces choses, cela démontrait son humilité. De nos jours, certains parmi nous se mettent à genoux pour prier, et cette position est un signe de notre humilité devant notre Créateur.

À la lecture du passage cité plus haut, il s’avère que Daniel s’humilia et se prépara spirituellement avant même d’adresser sa prière fervente à l’Éternel.

Quand nous prions, nous devrions vérifier dans quel état d’esprit nous sommes et toujours faire preuve d’humilité. Nous ne devrions pas prier en exigeant de Dieu certaines faveurs, mais en Lui demandant humblement et respectueusement de nous aider, selon Sa volonté. Dieu est gracieux et Il écoute les humbles (Proverbes 3:34).

Sa confession

Le premier élément de la prière de Daniel était sa confession (Daniel 9:4). Il se peut qu’il ait pensé à certains de ses propres péchés, mais le contexte indique que sa confession était surtout au nom du peuple de Juda ; il reconnaissait les péchés de son peuple.

Daniel occupait, certes, un poste important dans le gouvernement de Babylone, mais il n’était encore apparemment qu’un adolescent quand il avait été emmené captif. Il n’était même pas à Jérusalem quand elle tomba, près de 20 ans plus tard. Il n’était pas personnellement responsable du moindre des péchés des dirigeants qui avaient résulté dans le châtiment de Juda.

Il se compta néanmoins parmi ces derniers, quand il déclara, dans sa confession : « Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité » (verset 5), ce qu’il admit encore, sa prière finie, quand il déclara : « Nous avons péché contre Dieu » (verset 11).

Bien que Daniel ait mené une vie exemplaire, exempte de compromis, il s’inclut volontiers dans la culpabilité de la communauté, reconnaissant qu’aucun être humain n’est irréprochable. Il aimait son peuple, le peuple choisi de l’Éternel, et il tenait à se joindre à lui en implorant la miséricorde divine.

Quand nous prions, nous devrions reconnaitre nos propres péchés. Et nous ne devrions pas nous désolidariser de nos familles, de nos communautés, de nos peuples, de nos nations, mais nous identifier à eux avec compassion. Nous ne prions pas que pour les autres, mais nous les comprenons et les soutenons dans leurs peines, leurs afflictions et leurs besoins.

Le Dieu de l’Alliance

Un autre élément important dans la prière de Daniel, qui est mentionné dès le début, est « Dieu grand et redoutable, toi qui gardes ton alliance » (verset 4).

Juda avait été attaquée et humiliée par la puissance de Babylone, quand Daniel était encore très jeune. De ce fait, Daniel avait dû quitter son domicile et son pays, était exilé. Or, il n’en éprouvait pas d’amertume. Il ne se plaignit pas que c’était injuste. Il reconnut simplement que Dieu tient parole et tient Ses promesses.

Le restant de la phrase précise que Dieu tient Ses promesses envers ceux qui L’aiment et qui observent Ses commandements. L’Éternel avait fait preuve d’une patience infinie envers la nation, mais Il avait fini par intervenir, Juda n’ayant pas respecté sa part de responsabilité dans l’Alliance. En fait, tenant Sa parole, Dieu avait livré la nation à ses ennemis, ayant chargé Moïse de prophétiser que c’était ce qui se produirait en pareil cas (versets 11, 13-14 ; Deutéronome 28:15-68).

Bien que l’aspect « alliance » mette l’accent sur la culpabilité de Juda, il est aussi porteur d’espoir pour la nation. En effet, Dieu respecte Son Alliance et Il a promis à de nombreuses reprises de restaurer la nation quand ses habitants se repentent. Les prophéties de Jérémie, d’Ézéchiel et d’Ésaïe annoncent un avenir brillant pour Juda et pour les Dix tribus perdues d’Israël.

Quand nous prions, l’idée qu’une alliance a été conclue peut aussi guider nos pensées (une alliance est un contrat officiel). Quand nous nous lions à Dieu lors du baptême, nous « signons » en quelque sorte un contrat. Nous ne devons pas nous contenter de nous attendre à ce que Dieu tienne Ses promesses, mais aussi nous rappeler nos responsabilités dans ce contrat. Tenons-nous compte de ces choses, quand nous prions ?

Faire appel à l’amour de Dieu pour Son peuple

Daniel passa, des péchés de Juda et de la justice divine, à l’amour que Dieu a pour Son peuple. Il rappela à son Créateur : C’est  « toi qui as fait sortir ton peuple du pays d’Égypte par ta main puissante, et qui t’es fait un nom comme il l’est aujourd’hui » (verset 15), Daniel fit remarquer qu’Il avait déjà investi beaucoup d’amour dans cette nation. Il Lui mentionna que ce peuple, qui était maintenant captif, était Son peuple.

Notez le changement dans les pronoms. En débutant sa prière, Daniel s’était joint à sa nation, dans sa confession, employant le pronom « nous », à propos de Juda et de ses péchés. En revanche, à partir du verset 15, Daniel se met à employer les pronoms « ton » et « ta » en parlant de Juda, de Jérusalem ou du temple. Il parle de « ton peuple » (verset 15) ; « ta ville de Jérusalem », « ta montagne sainte », « ton peuple » (verset 16) ; « ton sanctuaire » (verset 17) ; « ta ville » et « ton peuple » (verset 19). De plus, au verset 18, Daniel parle de « la ville sur laquelle ton nom est invoqué ».

Imitons l’exemple de Daniel quand nous nous apprêtons à prier. Nos prières devraient se concentrer sur la volonté divine et non sur la nôtre. Nous devrions d’abord penser à ce qui est important pour Dieu. Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas prier pour ce que nous désirons ; mais nous devons penser à la place qu’occupent nos désirs dans la volonté divine.

La miséricorde divine

Les deux derniers versets de la prière de Daniel nous fournissent deux principes importants. Premièrement, le raisonnement que Daniel tient en implorant Dieu : « Ce n’est pas à cause de notre justice que nous te présentons nos supplications, c’est à cause de tes grandes compassions » (Daniel 9:18). Daniel ne part pas du principe qu’étant juste, l’Éternel Se doit d’exaucer sa prière ; pas plus qu’il ne mise sur son poste ni les honneurs qu’il reçoit. Il reconnait que si Dieu nous exauce, c’est parce qu’Il est miséricordieux. Si nous pouvons, nous aussi, nous approcher de Dieu dans nos prières, c’est uniquement du fait de Sa miséricorde (Hébreux 4:16).

Une prière fervente

Le second joyau, à la fin de cette prière extraordinaire, est la ferveur avec laquelle elle est prononcée – laquelle s’exprime par des supplications : « Seigneur, écoute ! Seigneur, pardonne ! Seigneur, sois attentif ! agis et ne tarde pas, par amour pour toi, ô mon Dieu ! » (verset 19). Daniel ne se contente pas de dresser une liste de demandes. Il ressent profondément ce qu’il exprime, suppliant Dieu d’agir.

Qu’en est-il de nous ? Prions-nous avec notre cœur ?

Sa prière est remarquable dans son humilité et sa passion. Et il n’est guère étonnant qu’une réponse lui vienne avant même qu’il ait terminé. Guère étonnant non plus que l’ange lui dise : « Tu es un bien-aimé » (verset 23). Nous vous proposons à cet effet notre article « Comment prier ? »

Qu’est-ce qui poussa Daniel à prier ?

Pour comprendre la prière de Daniel, nous devons commencer par comprendre son état d’esprit et ses intentions.

Daniel précise qu’il a étudié les prophéties de Jérémie (Daniel 9:2) indiquant que sa patrie allait être asservie au roi de Babylone pendant 70 ans (Jérémie 25:11). Il précise également que c’est « la première année de Darius » – soit 539 avant notre ère, et 66 ans depuis qu’il a été emmené en captivité.

Ce qui n’est pas nécessairement clair, dans le texte, c’est que Darius servit  Cyrus comme vice-roi. Pourquoi est-ce important ? À cause d’une autre prophétie, qu’il ne mentionne pas, et qui pourrait bien avoir poussé Daniel à étudier les écrits de Jérémie.

Bien des années avant que l’empire médo-perse et même l’empire babylonien ne soient devenus des grandes puissances au Moyen-Orient, Cyrus fut mentionné dans une prophétie.

En effet, Dieu avait annoncé : « Ainsi parle l’Éternel à son oint, à Cyrus […] je t’ai appelé par ton nom, je t’ai parlé avec bienveillance, avant que tu me connaisses » (Ésaïe 45:1, 4). À la fin du chapitre précédent, Ésaïe indique clairement que Dieu va Se servir de Cyrus pour amorcer un processus par lequel Jérusalem et le temple seront reconstruits (Ésaïe 44:28).

Que Daniel a dû se réjouir en voyant Cyrus apparaître sur la scène mondiale ! Et lorsque l’empire médo-perse fut instauré à Babylone, Daniel s’appliqua à étudier quand, précisément, Jérusalem et le temple seraient rebâtis.

Pour en savoir plus à ce sujet, lire notre article « Quelle est la signification de la prophétie des 70 semaines ? »