La déconnection : malédiction du 21e siècle

En cette ère où tant de gens se sentent aliénés, nous avons tous besoin de liens réels. Voici trois piliers de connexion nécessaires pour bien vivre.

« Je me sens si seule et si découragée ! », me disait une amie, en sanglotant, à l’autre bout du fil. Elle avait perdu son travail quelques mois plus tôt et avait plusieurs ennuis de santé. Elle se sentait aussi coupée de son cercle social.

« On m’appelle rarement pour me demander comment je me porte, poursuivit-elle. Je n’ai pas eu de visites, je n’ai reçu aucune carte, pas même un message texté. J’ai exprimé, sur les médias sociaux, ce que je traverse, mais il est rare qu’on me réponde. Personne ne s’est soucié de m’écrire pour me demander si je vais bien ou pour exprimer quelque pensée bienveillante ».

La situation de mon amie n’est pas unique. Nous vivons dans un monde de plus en plus déconnecté. Ce qui est triste, c’est que bien des gens, aujourd’hui, se sentent seuls et désengagés de leur entourage, ne se liant avec personne ou quoi que ce soit de manière significative. La prépondérance du détachement est si répandue que bien des gens appellent notre ère moderne l’ère de la déconnexion.

Cette dernière est partout. Les consommateurs des cafés et des restaurants se branchent sur leurs téléphones plutôt que de se parler. Les caissières,  écouteurs aux oreilles, additionnent les achats des clients. Les pensionnaires des maisons de retraite sont assis en silence, jour après jour, espérant avoir la visite de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Les clients font la queue dans les supermarchés, ne regardant personne.

On ne connait ni ses voisins ni leurs noms, pas plus qu’on ne leur fait signe quand on est dans son jardin.

De nos jours, notre temps étant si pris, avec toutes ces distractions et toute cette technologie numérique, nous avons plus d’occasions que jamais auparavant de nous déconnecter,  fait remarquer le Dr Jacqueline Olds, professeur adjoint en psychiatrie à la faculté de médecine de Harvard et co- auteur de The Lonely American (2010). Nous vivons souvent en « pilotage automatique », consacrant tout notre temps et toute notre énergie à des choses qui importent peu en fin de compte, et coupant nos liens par des choses qui n’en valent pas vraiment la peine ».

Souvent, quand le sujet de la déconnexion est soulevé, c’est le manque de contact avec d’autres êtres humains qui vient à l’esprit de bien des gens. Néanmoins, ce n’est pas le seul type de contacts que l’on néglige dans notre culture moderne. On néglige de prendre contact avec Dieu – ce qui est pourtant vital – et avec Sa création.

Traitons brièvement  de ces trois piliers de la connexion dont je parlais plus haut, examinons comment ils sont affectés par les changements dans notre société, et pourquoi ils sont importants pour notre bien-être physique, mental et spirituel.

1. Les contacts avec d’autres êtres humains

La solitude est parfois le sentiment de se sentir exclu ou abandonné des autres, mais il arrive aussi que ce soit quelque chose que nous nous imposons, à cause du style de vie que nous avons choisi. Nous pouvons nous sentir physiquement isolés, mais nous pouvons aussi – bien qu’entourés de connaissances – nous sentir sentimentalement détachés d’eux.

Ce n’est certainement pas ainsi que Dieu souhaite que nous vivions.

Nous sommes des créatures sociales et nous avons besoin de relations chaleureuses et touchantes avec des amis et nos familles. Même des dialogues décontractés et positifs avec des étrangers peuvent nous contenter. Le manque de contacts sociaux peut mener à la dépression, au découragement, nous mettre mal à l’aise, nous stresser, et peut contribuer à certains ennuis de santé.

L’isolement social est de plus en plus fréquent, dans le monde, notamment dans les pays occidentaux. Aux États-Unis, d’après une enquête effectuée en 2018 par l’assurance santé Cigna, près de la moitié des adultes sont souvent, ou toujours, seuls.

D’après l’AARP (Association Américaine des Personnes Retraitées), en 2010, le nombre d’adultes américains étant chroniquement seuls a doublé depuis les années 1980, étant passé de 20% à 40%. Beaucoup de professionnels de la santé estiment que la solitude est une épidémie — voire une pandémie – globale.

De nombreux facteurs sont responsables de l’augmentation de ce mal, mais deux des principaux sont l’invasion d’appareils de communication et de divertissements complexes. « Nous nous préoccupons souvent bien trop de nos smartphones pour nous entretenir de manière décontractée avec des étrangers ou pour édifier les relations étroites dont nous avons besoin avec les membres de notre famille et avec nos amis », fait remarquer la sociologue Karen Sternheimer de University of Southern California.

Si nous faisons la queue quelque part, nous regardons souvent nos portables, plutôt que de bavarder avec la personne devant ou derrière nous. À la maison, les membres de la famille interagissent plus souvent  avec leurs téléphones, leurs ordinateurs et leurs consoles de jeux vidéos qu’entre eux. Si nous dialoguons souvent avec nos amis par l’intermédiaire des médias sociaux, comme si nous gardions le contact, cela ne saurait cependant pas remplacer  des interactions en face à face.

Le fait que nos emplois du temps soient souvent chargés et que nous n’ayons pas une minute à nous, il est même encore plus difficile de cultiver des relations. « Après une longue journée de travail, les tâches ménagères, le gym et les courses, on n’ a souvent plus le temps d’appeler ses amis, de faire connaissance avec les voisins ou d’aller voir quelqu’un à l’hôpital, fait remarquer le Dr Olds. Quand nous sommes avec des gens, nous risquons de passer pour froids ou snobs, étant trop fatigués ou stressés pour participer à la discussion ».

Tout compte fait, plus les gens passent du temps avec leurs appareils numériques et essaient d’ajouter plus à leurs emplois du temps chargés, plus cela crée une société distante, indifférente, qui ne s’implique pas et ne se soucie pas des besoins des autres », avertit le Dr Olds – ce qui est le contraire d’être connecté. 

2. Le contact avec la création divine

Nous avons probablement tous connu des moments où – n’ayant pas le moral – nous nous sommes promenés dans un parc ou dans la nature, et nous nous sommes sentis mieux ensuite. Le contact avec la nature est « vital pour la santé, le bien-être, le moral et la survie », précise le Dr Richard Louv dans The Nature Principle (2012, p. 3).

Beaucoup d’enquêtes ont été menées, ces dernières années, documentant les avantages thérapeutiques de la nature – du soulagement de la peine et du stress à la réduction de la tension, en passant par l’amélioration de la concentration mentale, la réduction des maladies cardiovasculaires et la stimulation du système immunitaire.

De plus, le contact avec la nature nous fait penser à Dieu et nous aide à resserrer nos liens avec Lui. Quand je sors, et que je remarque les merveilles qu’Il a créées, je ne puis m’empêcher d’être émerveillée. En voyant les hirondelles construire leur nid, les écureuils ramasser des noisettes, les abeilles recueillir du pollen, et en voyant le figuier alourdi de ses fruits, tout célèbre la splendeur, la créativité, la fidélité et le soin divins.

À l’instar de David qui se sentait tout petit en contemplant la création (Psaumes 8:3-4), nous pouvons nous rappeler que Dieu pourvoit à nos besoins et que, sans Lui, nous ne sommes rien.

Néanmoins, quels que soient les avantages qu’on peut tirer du contact avec la nature, il devient de plus en plus rare qu’on le pratique. En fait, en 2017, un rapport d’une firme de marketing sur l’environnement (DJ Case and Associates) a averti que beaucoup de gens ont cessé d’avoir des contacts avec la nature et qu’il est devenu « de plus en plus normal » de ne passer que peu de temps en plein air.

L’urbanisme et la technologie en sont les deux raisons principales. De nos jours, selon des statistiques des Nations Unies, 55% de la population du globe vivent dans des villes, soit 30% de plus qu’en 1950. De plus en plus, dans le monde entier, les gens quittent les campagnes pour aller s’installer dans les villes. Ils résident dans des appartements dans des immeubles à maints étages ou dans des maisons aux jardins minuscules, coupés de la terre et ayant peu de contacts avec la nature.

La plupart du temps, pour leurs loisirs, ils passent du temps avec leurs gadgets, n’ayant pas d’activités en plein-air ou dans le jardin, comme les générations passées. Pratiquement tout ce qu’ils touchent est de fabrication humaine et non la création divine.

Cela ne veut pas dire que tout ce que l’homme a élaboré soit néfaste ou mauvais, mais quand nous nous plongeons dans un monde de fabrication humaine, c’est ce qui domine nos vies. Le paysage de bien des villes est fait de centres d’achats et de loisirs, de panneaux publicitaires, de rues congestionnées et de béton.

Une grande partie de ce qu’on voit, entend ou pratique pousse au matérialisme, au sécularisme et fait ressortir le pire de la nature humaine (les « œuvres de la chair » – Galates 5:19-21). Si c’est notre quotidien, « les soucis du siècle » (Marc 4:19) risquent de nous étouffer et d’étouffer les choses qui ont une valeur éternelle comme notre relation avec Dieu et nos relations avec d’autres êtres humains.

3. Notre relation avec Dieu 

La raison principale pour laquelle nous autres humains sommes déconnectés tient à ce que la société a tourné le dos à Dieu et à la Bible.

D’après une enquête du Public Religion Research Institute effectuée en 2016, 24% des Américains prétendent n’appartenir à aucune religion officielle (se disant athées, agnostiques ou « rien de précis »), comparé à 6% en 1991. Le Pew Research Center  estime que 16% de la population mondiale ne pratiquent aucune religion.

Il n’est guère difficile d’établir le rapport entre ces statistiques sur les maux de notre société – la violence, la cupidité, les divisions, le désespoir, les blessures et la colère qui la caractérisent – et sa déconnexion de Dieu. Trop de gens se sentent vides dans leur cœur, se demandant si la vie a un sens, étant incapables de s’accrocher à quelque chose de positif. Ne reconnaissant pas Dieu comme l’Autorité finale, bien des gens ne pensent qu’à se faire plaisir, croyant et faisant ce qui leur plait.

Et même parmi ceux qui croient en Dieu, beaucoup ne Le cherchent pas comme ils le devraient. Plusieurs enquêtes effectuées par Gallup, par l’Association of Religion Data Archives, le Pew Research et le Center for Bible Engagement, révèlent que les Américains qui se disent chrétiens sont loin de prier et d’étudier leurs Bibles comme le faisaient les générations passées, et qu’ils ne vont pas à l’Église chaque semaine.

Or, c’est en passant du temps avec Dieu – par la prière, l’étude de la Bible et les assemblées de pair avec la méditation et le jeûne – que nous maintenons une forte connexion avec notre Père céleste. Comment un chrétien peut-il négliger ces outils spirituels indispensables ? Nous répétons que les deux principaux responsables en ce domaine sont nos emplois du temps surchargés et  notre usage excessif de la technologie. Bien des distractions peuvent évincer notre vie spirituelle, de même qu’elles peuvent affaiblir nos relations avec d’autres êtres humains.

Si nous prenons pour habitude d’ignorer Dieu, avant peu, nous allons commencer à voir plus des « œuvres de la chair » dans nos vies que le « fruit de l’Esprit » (Galates 5:19-23). Nous allons en souffrir ; nos rapports avec notre entourage va en souffrir, et notre relation avec Dieu va en pâtir.

Il semble bien que les trois piliers de la connexion sont interdépendants. Être proches de la nature nous aide à nous approcher de Dieu. Quand nous sommes attachés à Dieu, nos rapports avec nos pairs s’améliorent.

Nous devons nous assurer que nous ne négligeons aucune de ces connexions, même si c’est ce que fait le monde autour de nous. Nous devons nous assurer que nous sommes connectés à ce qui a vraiment de la valeur, que nous ne consacrons pas une grande partie de notre temps à ce qui n’en a pas, et que nous nous déconnectons de ce qui est contraire à la ligne de vie divine.